L'onde de choc de l'affaire Weinstein - ce réalisateur hollywoodien accusé d'avoir harcelé et agressé des actrices et des mannequins - a conduit à une libération de la parole des victimes de harcèlement sexuel, rendu viral par le hashtag #balancetonporc. Parmi les "lieux des crimes", on retrouve la rue, mais aussi l'entreprise. Une femme active sur cinq déclare avoir été confrontée à une situation de harcèlement sexuel durant sa vie professionnelle, selon une enquête de 2014 du Défenseur des droits.
Pourtant, lorsqu'on interroge les chefs d'entreprise, le résultat est contradictoire. A la question : "Au sein de votre entreprise, avez-vous eu connaissance de faits de harcèlement sexuel ?", la réponse est "Non" à 100%, selon "La Grande Consultation" réalisée par Opinion Way pour CCI France/La Tribune/Europe 1 et publiée ce mardi. Sur les 604 dirigeants interrogés, un seul a déclaré "Oui". Loin de nier le phénomène, ces données mettent surtout en évidence un tabou chez les chefs d'entreprise.
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Le fait que, d'un côté, des femmes déclarent avoir été confrontées à des cas de harcèlement sur leur lieu de travail et que, de l'autre, les chefs d'entreprise n'en ont pas eu connaissance "n'est pas forcément contradictoire", analyse pour La Tribune Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'Opinion Way.
D'après l'étude du Défenseur des droits, citée plus haut, près de trois victimes sur dix n'en parlent à personne. Dans sept cas sur dix la situation n'a pas été portée à la connaissance de l'employeur ou de la direction. Celles qui parviennent à se confier le font d'abord auprès de leur famille et de leurs proches (55%), certaines à leurs collègues (43%) et dans une moindre mesure aux instances de représentation du personnel (7%).
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Il faut dire que se confier à sa direction peut effrayer, car l'issue n'est pas forcément heureuse :
"Dans 40% des cas rapportés la résolution s'est effectuée au détriment de la plaignante, avec des conséquences directes sur son emploi (non renouvellement de contrat, blocage dans la carrière)", pointe le Défenseur des droits. "À l'inverse, seules 40% des victimes indiquent qu'une mesure a été prise contre l'auteur présumé (sanction, licenciement, mutation)."
Autre explication possible à ces déclarations des chefs d'entreprise est le manque d'information à ce sujet. Toujours selon le Défenseur des droits, trois Français sur quatre ne parviennet pas à faire la distinction entre harcèlement sexuel, drague, agression sexuelle ou blague salace. Il ne paraît pas impossible que des faits soient remontés aux chefs d'entreprise, sans qu'il ne les considère comme relevant du harcèlement sexuel.
Ces interprétations, seules, ne peuvent justifier cette forte proportion de chefs d'entreprise déclarant ne pas avoir eu connaissance de faits de harcèlement sexuel. L'autre explication est tout simplement qu'ils ne veulent pas le dire.
Pour mémoire, l'employeur est légalement responsable de la santé et de la sécurité des travailleurs. Il a l'obligation de prévenir les agissements de harcèlement sexuel et de mener des campagnes de sensibilisation au sein de son entreprise. Les dispositions légales relatives au harcèlement sexuel doivent être affichées dans les locaux de la société. Toujours selon l'enquête du Défenseur des droits, moins de deux employeurs sur dix ont mis en place des actions de prévention contre le harcèlement sexuel.
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L'actualité faisant, Burno Jeanbart s'attend à ce que les études sur la question deviennent plus systématiques. "Il y aura des sujets sur les cas de harcèlement à l'université par exemple. Je ne dirais pas que le phénomène n'est pas étudié aujourd'hui, mais cela risque de se développer davantage."
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