La pensée d'avant-garde s'invite à HEC Paris

Avant-garde thinking : c’était le thème de la conférence TEDx HEC Paris organisée vendredi 26 septembre sur le campus de Jouy-en-Josas qui a réuni une douzaine d’intervenants et dix start-up. Une nouvelle ère commence, celle du « low tech », où le capital devient une « commodité ». Les idées passent devant la seule performance financière.

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Lors de la finale du Prix La Tribune des Jeunes Entrepreneurs en mai dernier, Des bras en plus avait déjà été récompensée.
Lors de la finale du Prix La Tribune des Jeunes Entrepreneurs en mai dernier, Des bras en plus avait déjà été récompensée. (Crédits : DR)

On ne présente plus les conférences TED (Technology, Entertainment and Design) qui ont pour but de diffuser les « idées qui valent la peine » (ideas worth spreading). Les TEDx sont des conférences sous licence organisées de manière indépendante. Paolin Pascot, co-fondateur de TEDx HEC Paris et PDG d'Agriconomie, a réuni pour cette deuxièmeédition une douzaine d'intervenants issus d'associations comme Emmaüs, d'organisations internationales (Unesco, Agence Spatiale Européenne), d'entreprises (Google, IBM, Dragon Rouge) mais aussi des personnalités atypiques, telles que l'adolescent entrepreneur Quentin Rosso (16 ans) ou l'ingénieur et aventurier Corentin de Chatelperron.

Cette édition 2014 de TEDx HEC Paris a mis en exergue le désir de partage et d'engagement des acteurs de l'innovation technologique. Ainsi, pour Oussama Ammar,serial entrepreneur, «  le capital est devenu une commodité : on peut devenir entrepreneur avec 5000 dollars, alors qu'il en fallait 500 000 il y a dix ans. La nouvelle génération devra décider quel genre de transformation elle veut soutenir plutôt que quelles entreprises elle veut financer ». Dans le même ordre d'idée, pour Marc-André Allard, champion de l'innovation chez Dragon Rouge, établir le succès d'un business sur sa seule réussite financière ne suffit plus, il faut « le fonder sur les idées plutôt que sur la performance ».

L'ingénieur et aventurier Corentin de Chatelperron a testé l'efficacité du low tech en fabriquant l'Or du Bengale, un petit bateau entièrement fait de fibres de jute. Après avoir sillonné les mers, il conclut que « nous pouvons choisir notre progrès, en réorientant les résultats des recherches technologiques, jusqu'à présent réservés aux 10 % les plus riches, vers le plus grand nombre ». Quant à Quentin Rosso, benjamin de la conférence à16 ans, il en est certain, « Internet va permettre aux adolescents de réaliser leurs rêves grâce aux trois C : communication, commitment (engagement) et créativité ».

1/ BIRD OFFICE INVENTE LE BTOB COLLABORATIF

« Nous sommes le Airbnb du business » affirme Arnaud Katz, fondateur de la plateforme Bird Office. D'un côté, des sociétés qui possèdent des espaces disponibles, de l'autre des utilisateurs qui peuvent réserver en ligne un espace adapté à leur besoin. Créée en décembre 2013, Bird Office est partie du constat que les entreprises n'optimisent pas leur patrimoine immobilier. De plus, hormis la dimension financière, les gens se rencontrent grâce au site, une autre manière de développer son réseau professionnel. Bird Office se rémunère en prenant une commission de 20 %. « Notre métier n'est pas de louer de l'espace, mais de créer un environnement favorable : contrat, facturation, assurances. Nous sommes un tiers de confiance » ajoute Arnaud Katz, qui se proclame « premier exemple de collaboratif BtoB ». « Après le succès des Airbnb ou BlaBlaCar, il serait temps que les entreprises se mettent au collaboratif », pense le cofondateur de Bird Office. La société est en train de s'implanter à Lyon et Lille, avant le Luxembourg, la Suisse et la Belgique.

www. bird-office.com

2/ DES BRAS EN PLUS DÉMOCRATISE LE DÉMÉNAGEMENT

Déménager, c'est souvent la galère. Zafar Baryali, Massoud Ayati et Farid Lahou ont fondé Des Bras en plus, première offre de déménagement à la carte, sur Internet, en agence ou par téléphone. En dix minutes, on peut configurer et réserver  sa prestation.« Plus de 80 % des gens ne font pas appel à une société de déménagement. Nous voulons démocratiser ce service » explique Massoud Ayati, ancien d'EDC Paris. La « Des bras en plus Academy » forme les déménageurs pour que la qualité de service soit standardisée. La société utilise le principe du yield management pour ajuster les prix en fonction des périodes. Le panier moyen d'un déménagement est de 1400 euros, mais seulement 500 euros chez Des Bras en Plus grâce à ses offres à la carte. « Si le client a juste besoin du camion et d'un déménageur, il en aura pour 300 euros » précise Massoud Ayati. La jeune société créée en 2009 est rentable depuis la première année, réalise un chiffre d'affaires d'1,5 million d'euros et emploie 40 collaborateurs pour 3000 déménagements par an. Elle compte doubler son activité grâce à son développement en régions. Elle a remporté le prix du jeune entrepreneur de l'année 2013 de la Tribune pour la  catégorie Service.

www.desbrasenplus.com

3/ ECHY : QUE LA LUMIÈRE (NATURELLE) SOIT !

Qui n'a jamais souffert de l'absence de lumière naturelle dans une salle de réunion ? Echy propose un éclairage hybride : la lumière naturelle est captée à l'extérieur des bâtiments et amenée à l'intérieur grâce à des fibres optiques. La nuit, ou si le temps est nuageux, l'éclairage classique prend le relais via des LED. Le principe : un module composé d'un traqueur solaire et de 18 lentilles de Fresnel (1) qui concentrent les rayons solaires dans les fibres optiques et les transportent jusqu'aux luminaires. « Les bienfaits de la lumière naturelle sont nombreux : confort visuel, meilleure concentration, respect des rythmes circadiens » explique Tiphaine Ligier, commerciale. Les entreprises peuvent réaliser des économies d'énergie et améliorer la qualité énergétique de leurs bâtiments.  La start-up de Vitrolles a réussi en juin une levée de fonds de 500 000 euros auprès debusiness angels. Le coût d'un tel système est d'environ 20 000 euros pour éclairer une surface de 100 m2, mais Echy prévoit de rendre son produit deux fois plus performant et deux fois moins cher.

www.echy.fr

(1) les lentilles de Fresnel, ou lentilles à échelons, sont un type de lentilleinventé par Augustin Fresnel en 1822 pour remplacer les miroirs utilisés dans l'éclairage des phares de signalisation marine qui absorbaient jusqu'à50 % du flux lumineux

4/ I'M IN VR VEUT AMÉLIORER LA RÉALITÉ VIRTUELLE

« Nous voulons que les gens immergés dans la réalité virtuelle aient une perception naturelle des objets environnants » affirme Christophe Gouet, ingénieur chez i'm in VR. La start-up commercialise le logiciel Middle VR, qui peut se greffer aux applications de réalitévirtuelle (VR) pour les rendre plus simples d'utilisation. Cela fait plusieurs années que l'industrie - aéronautique, automobile - utilise la réalité virtuelle. Le fondateur de la sociétéSébastien Kuntz a ainsi travaillé chez Virtools, racheté par Dassault Systèmes. Autofinancée par les ventes de ses logiciels, i'm in VR s'adresse aux développeurs d'applications, mais peut aussi louer du temps de CAVE (computer assisted virtual environment), un dispositif immersif composé de quatre faces (trois murs et le sol) sur lesquelles sont projetés une scène en relief. « Par exemple, un architecte peut venir chez nous pour faire visiter à ses clients leur future maison » illustre Christophe Gouet. Les applications de réalité virtuelle se multiplient, mais elles ne sont pas encore tout à fait au point (envie de vomir, déséquilibre). I'm in VR veut améliorer ces systèmes pour que La VR devienne enfin accessible au grand public, sans les désagréments actuels.

http://www.imin-vr.com/

5/ KEYMETRICS GÈRE LES PROGRAMMES OPEN SOURCE

Keymetrics, fondée par Alexandre Strzelewicz, diplômé d'Epitech, a développé PM2, un système de gestion du processus Node JS utilisé par les développeurs de programmes Open Source. « C'est un système de monitoring pour condenser les grands flux d'informations, afin de rendre plus agiles les applications Web et mobile » explique Luisa Hernandez. Un software qui semblait très attendu par la communauté Open Source, puisqu'il est téléchargé 1500 fois par jour depuis 97 pays. « PM2 s'assure que le programme reste bien sur le Net 100 % du temps et offre des graphiques et dashboards (tableaux) pour voir en temps réel ce qui se passe sur l'application. Par exemple, si elle est trop téléchargée, ou pas assez, on peut modifier le nombre de serveurs » détaille Luisa Hernandez. Pour l'instant, la version est gratuite, mais Keymetrics va proposer des versions à 19,99 et 100 euros pour les entreprises en mode SaaS (abonnement).

https://keymetrics.io

6/ LEKA FAIT JOUER LES ENFANTS AUTISTES

Une sphère en plastique transparent avec en son centre des circuits électroniques et des diodes clignotantes : c'est Moti, un jouet pour aider les enfants autistes. Ce « smart toy robotisé » qui se déplace de manière autonome et peut changer de couleur a été mis au point par leka, jeune start-up en cours de formation fondée par Ladislas de Todi, Marine Couteau et Mickaël Guerra, ingénieurs diplômés de l'EBI (École de Biologie Industrielle).« Lors d'un cours de design et société, un de nos professeurs nous a décrit les besoins de son enfant autiste. Nous avons alors imaginé une bulle et fabriqué une maquette » évoque Marine Couteau. Des études ont montré que les robots sont bien acceptés par ces enfants souffrant de difficultés d'intégration sociale. Ladislas de Toldi compare Moti à un animal de compagnie, attentif à l'enfant, ce qui lui permet de développer son aptitude aux interactions. La prochaine version fera de la musique et pourra parler. Après avoir levé 4000 euros sur la plateforme de crowdfunding Ulule, leka cherche des investisseurs pour passerà la phase industrielle.

http://weareleka.com/fr

7/ OZ, LE ROBOT DE DÉSHERBAGE POUR LES MARAÎCHERS

Fini de se casser le dos pour arracher les mauvaises herbes dans les serres de légumes. Voici Oz, robot autonome de désherbage pour maraîchers de la start-up toulousaine Naïo Technologies, créée fin 2011 par Aymeric Barthès et Gaétan de Severac, ingénieurs en robotique. La cible d'Oz, ce sont les maraîchers bio. « Notre robot passe entre les rangées de légumes sous serre et en extérieur. On peut gagner ainsi jusqu'à 30 % du temps de travail » précise Aymeric Barthes. Le robot électrique est équipéde capteurs laser infrarouge et coûte 20 000 euros. Naïo Technologies en a vendu huit depuis le début de l'année. La difficulté, c'est l'hétérogénéité entre les différents types de terrain : « nous avons besoin d'ajuster et de fiabiliser le robot. C'est pourquoi nous le vendons à des clients qui sont aussi des bêta testeurs » détaille le cofondateur de Naïo, qui a levé 80 000 euros de love money, puis 735 000 en crowdfunding (Smart Angels et WeSeed). Oz est unique au monde pour le maraîchage et la start-up compte se tourner vers l'export en 2016, une fois les robots totalement au point. À venir : un robot de désherbage pour les vignes en collaboration avec le laboratoire de robotique du CNRS, l'IFV (Institut Français du Vin) et la coopérative Vinovalie.

www.naio-technologies.com

8/ PK INVENTEUR D'OBJETS CONNECTÉS PREMIUM

Fabriquer et commercialiser des objets connectés premium, c'est l'objectif de la start-up PK Paris (ou Premium Keys of Paris) fondée en 2013. Pour l'instant, la gamme est composée de cinq clés USB à connexion directe, sans fil (Bluetooth, NFC, WiFi) ou intelligentes. Mais l'entreprise prévoit d'autres objets connectés en 2015, dont des batteries pour smartphones « innovantes, uniques au monde et validées par Apple »selon le fondateur de PK Paris, qui préfère rester anonyme. Cet ancien de Motorola Automobile et Alcatel Téléphonie a été responsable d'une business unit de 200 millions de dollars à la Cie (stockage). Mais il a toujours rêvé de devenir entrepreneur. À 47 ans, il a réussi dans ce secteur des objets connectés qui seront 7 milliards en 2017 selon lui. Après une levée de fonds de 150 000 euros auprès d'amis, il cherche actuellement à réunir environ un million d'euros chez des venture capitalist et des business angels, confiant dans sa bonne étoile (peka voulant dire étoile en dialecte des îles Marquises).

www.PKparis.com

9/ POTAYTOZ, LA PATATE DIGITALE D' ATOMIC SOOM

Potatoyz est un jouet pas comme les autres. Ce personnage en forme de patate peut être colorié, maquillé, déguisé et même cassé sans dommage, puisqu'il s'agit d'une animation 3D pour tablette. Créé par le studio Atomic Soon, Potaytoz est une application gratuite disponible sur l'App Store et Google Play pour stimuler le développement des enfants. Atomic Soom a été créée en 2012 par Antoine Wu et Gabriel Picard, deux réalisateurs numériques formés à l'IMM (Institut Internet Multimédia). C'est la sortie de l'Ipad 1 en 2010 qui leur donne envie d'inventer « des contenus adaptés à ce nouvel objet numérique hybride qui a créé un usage différent » selon Antoine Wu. La start-up  a réalisé un premier exercice de 312 000 € et en prévoit 500 000 pour le deuxième. Atomic Soom réalise des séries d'animation, comme les Fondamentaux pour l'Éducation Nationale, et des vidéos d'entreprise. La prochaine version de Potaytoz prévue pour décembre sera plus sophistiquée. Le business model de ce produit est fondé sur la vente de personnages physiques. Des accords avec des fabricants de peluches sont en cours.

www.atomic-soom.com/fr

10/ SCULPTEO VEUT SÉDUIRE LES PROFESSIONNELS

Peut-on encore parler de start-up pour Sculpteo ? La société spécialisée dans l'impression 3D créée en 2009 a fait les gros titres de la presse et emploie une trentaine de personnes à Paris et San Francisco. Elle vient d'ouvrir une usine à Villejuif et s'attaque à l'industrie après des débuts orientés grand public. « Les entreprises pensent qu'il est plus rentable d'imprimer en 3D une centaine d'objets, réaliser un moule et partir en Chine pour la production de masse. En réalité, l'impression 3D peut être pertinente pour des séries de mille objets pour certaines formes » estime Rémi Vincent, commercial. Sculpteo veut franchir une étape et démocratiser l'impression 3D chez les professionnels.« Les FabLab (ateliers de fabrication communautaires) travaillent avec des imprimantes FDM (Fused Deposition Modeling) alors que Sculpteo se sert d'imprimantes SLS (Selective Laser Sintering) qui permettent de traiter des couches d'épaisseurs différentes » détaille Remi Vincent.

http://www.sculpteo.com/fr/

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Commentaires 4
à écrit le 08/10/2014 à 11:52
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Ben si l'avant-garde intellectuelle, c'est de faire un Mr Patate sur Ipad, ça promet...

à écrit le 02/10/2014 à 10:45
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pourquoi ont-ils tous l'air de se protéger les parties sur la photo? A moins que ce ne soit juste qu' une envie pressante: l'attente pour la photo après l'apéro a été trop longue !

à écrit le 01/10/2014 à 22:36
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HEC c'est l'école de François Hollande c'est ça ?

le 02/10/2014 à 11:00
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c'est aussi celle de Valérie Pécresse. ..Personne n'est parfait.

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