L'EPR de Flamanville s'apprête à démarrer alors que le couvercle de la cuve du réacteur présente une anomalie. Celui-ci devra donc être changé à la fin d'un seul et unique cycle de fonctionnement, soit 18 mois tout au plus. A l'issue de cette très courte période, il deviendra le plus gros déchet radioactif de type FMA-VC. Elaborer la stratégie précise de son stockage et construire les outils ad hoc prendra plusieurs années.Dans quelques jours, ou semaines tout au plus, l'EPR de Flamanville franchira une nouvelle étape cruciale dans sa phase de démarrage, celle de l'initiation du processus de réaction nucléaire en chaîne : « la divergence » dans le jargon atomique. Très concrètement, il s'agira de projeter un neutron sur un atome d'uranium très lourd, lequel éclatera et libérera alors de l'énergie, mais aussi d'autres neutrons qui casseront à leur tour d'autres noyaux, et ainsi de suite, de sorte que la réaction s'auto-entretiendra.
En se cassant, ces noyaux d'uranium deviennent radioactifs et contaminent alors les matériaux alentour et notamment les parois de la cuve du réacteur, une sorte de grosse cocotte-minute où se déroule cette réaction. Son couvercle, qui prend la forme d'une coupole métallique hémisphérique, n'échappe pas à ce phénomène, même s'il reste éloigné du cœur du réacteur où se trouvent les fameux crayons combustibles. Du fait de cette distance, il deviendra, à la fin de sa vie, ce qu'on appelle un déchet de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VA). Cela signifie que la très grande majorité de sa radioactivité aura disparu dans un délai d'environ 300 ans. Il devra donc être stocké dans le centre de stockage de l'Aube (CSA) de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) avec tous les autres déchets FMA-VA.
Une durée de vie extrêmement courte
Jusque là, rien d'inhabituel... À un détail près : sa durée de vie sera extrêmement courte. En effet, le couvercle de l'EPR de Flamanville ne sera utilisé que pour un seul et unique cycle de fonctionnement, soit 15 à 18 mois environ, contre plusieurs dizaines d'années pour la plupart des autres couvercles de cuve de réacteur atomique. Et ce, en raison d'une anomalie de fabrication de l'acier du couvercle, détectée par Areva NP il y a près de dix ans maintenant. Initialement, le couvercle devait être changé avant le 31 décembre 2024. Cependant, en mai 2023, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a accepté qu'EDF reporte à 2025 ce changement, le gendarme du nucléaire précisant qu'un remplacement du couvercle « avant la mise en service du réacteur conduirait à reporter celle-ci d'environ un an ». Un scénario non envisageable pour l'électricien, dont le chantier a cumulé douze années de retard...