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EDF : l’État remercie Luc Rémont et propose Bernard Fontana

Marine Godelier et Juliette Raynal

Publié le 21 mars 2025 à 14:58 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:28

Luc Rémont, Agnès Pannier-Runacher et Bernard Fontana, chez Framatome.

Luc Rémont, Agnès Pannier-Runacher et Bernard Fontana, chez Framatome.

Raphaël Lafargue / ABACA via Reuters Connect

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Depuis plusieurs mois, les tensions se multipliaient entre l'entreprise publique et les gouvernements successifs sur la politique commerciale du groupe. Luc Rémont devrait être remplacé par Bernard Fontana, directeur général de Framatome.

[Article mis à jour à 16:34]

Il se trouvait sur un siège éjectable, alors que les tensions s'accentuaient sur les prix de l'électricité vendue aux industriels. Le patron d'EDF, Luc Rémont, a été mis à la porte ce vendredi, selon des informations de Contexte confirmées dans la foulée par la présidence de la République.

Convoqué en début d'après-midi à Bercy, celui-ci a été remercié par le ministre de l'Economie, Eric Lombard. Pour le remplacer, l'Elysée a proposé de nommer Bernard Fontana, actuellement directeur général de Framatome. « C'est un choix pour projeter EDF vers l'avenir » et « accélérer » dans le nucléaire, a déclaré vendredi le Premier ministre, François Bayrou.

Impasse sur la politique commerciale

Depuis quelques jours, plusieurs sources ministérielles évoquaient l'éventualité d'un départ anticipé de Luc Rémont, alors que son mandat devait s'achever à l'été 2025. En cause : une divergence profonde sur la politique commerciale du groupe.

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En effet, un accord majeur signé entre EDF et l'Etat en novembre 2023 sur la stratégie de vente de l'entreprise après 2025 n'était « pas respecté », estimaient plusieurs ministres et anciens ministres, parmi lesquels Bruno Le Maire et Roland Lescure, respectivement à l'Economie et à l'Industrie au moment de la signature de ce deal. Ce dernier devait « faire entrer EDF dans le 21ème siècle », s'était félicité fin 2023 Bruno Le Maire, mais a donc finalement abouti sur une impasse.

Concrètement, en échange d'une régulation plus souple que l'Arenh (Accès régulé à l'électricité nucléaire historique), ce dispositif qui oblige EDF à vendre 100 TWh de son électricité au prix cassé de 42 euros le mégawattheure (MWh), l'entreprise devait proposer des offres préférentielles à ses clients très consommateurs.

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« A l'époque, Bercy exigeait que les industriels soumis à la concurrence internationale puissent toujours bénéficier d'électricité à un prix défini sur le long terme, sans être soumis à la volatilité des marchés », explique-t-on chez France Chimie. EDF avait donc dû dégainer une nouvelle offre, baptisée « contrat d'allocation de production nucléaire » (CAPN). Le principe : réserver une portion de la production du parc atomique aux usines les plus énergivores... avec des volumes et des coûts qui seraient ensuite fonction des performances des réacteurs.

La mise aux enchères de trop

Seulement voilà : plus d'un an après, seulement neufs industriels ont signé une lettre d'intention (non engageante) pour profiter d'un CAPN, et un seul a conclu un contrat ferme, pour un volume global de 12 térawattheures (TWh). Beaucoup moins que ce qu'exigeait le gouvernement sortant, lequel avait demandé à EDF d'atteindre un total de 20 TWh d'ici à janvier 2025. Plusieurs industriels électro-intensifs affirmaient que les conditions de prix et de partage de risque proposées par l'énergéticien national n'étaient pas acceptables. « EDF était dans l'optique de reconstituer ses marges », explique l'économiste Jacques Percebois.

Pour ne rien arranger, EDF avait annoncé le 6 mars dernier son intention d'ouvrir les CAPN à toutes les entreprises consommant plus de 0,007 TWh par an, et à tous les fournisseurs d'énergie disposant de capacités de soutirage en France. Plutôt que d'être négociés de gré à gré, dans le cadre de discussions bilatérales, cette électricité devait s'écouler via des enchères, avec un premier volume proposé de 10 TWh. Ce qui avait déclenché l'ire des premiers concernés.

EDF « bashing » à l'Elysée

« Les CAPN avaient été conçus pour les électro-intensifs menacés de délocalisation. Maintenant, on en fait un produit comme un autre au sein de la palette commerciale du groupe, sans plus aucun critère d'exposition ! On n'est plus prioritaires », glissait alors à La Tribune Nicolas de Warren, président de l'Uniden (Union des industries utilisatrices d'énergie). En coulisse, le ministre de l'Industrie et de l'Energie, Marc Ferracci, pestait lui aussi contre cette annonce d'EDF. Laquelle aura finalement coûté sa place à Luc Rémont.

Au-delà de ce bras de fer sur la politique commerciale du groupe, les relations entre Luc Rémont et l'Etat actionnaire semblent avoir été toujours tendues. « Il y avait un EDF bashing énorme au niveau de l'Elysée. Nuward [le projet de petit réacteur nucléaire modulaire, dont le design initial a été complètement abandonné l'été dernier, ndlr] a laissé des traces, rapporte une source ayant assisté à plusieurs réunions à l'Elysée. Les divergences sur les CAPN ont achevé d'ulcérer en haut lieu », poursuit cette même source.

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L'audition de Luc Rémont lors du dernier Conseil de politique nucléaire (CPN), qui s'est tenu lundi, s'est bien passée, selon un participant de cette réunion, chapeautée par Emmanuel Macron. Mais lorsque le directeur général d'EDF en est parti, les langues se seraient déliées. « Toutefois, rien ne laissait supposer qu'une décision aussi rapide soit prise. Nous attendions cette annonce plutôt en avril ou mai », rapporte-t-on.

[Plus d'informations à venir]

Marine Godelier et Juliette Raynal

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