En Espagne, les feux font exploser les émissions de CO₂ et menacent la santé publique

Des pompiers espagnols luttant contre un feu de forêt. (Photo d’illustration.)
VINCENT WEST

Des pompiers espagnols luttant contre un feu de forêt. (Photo d’illustration.)
VINCENT WEST
Comme si ce n'était pas suffisant. Après avoir ravagé quelque 373 000 hectares depuis le début de l'année, un record depuis 2006, les incendies en Espagne ont rejeté un volume d'émissions carbonées à des niveaux jamais vu depuis vingt-trois ans.
D'après le service européen de données climat Copernicus, au total, en Espagne, un peu plus de 20 millions de tonnes de CO₂ ont été émises par les feux de forêts, depuis le mois de janvier. Au même moment l'année dernière, le volume cumulé était de 2,5 millions de tonnes de CO₂ environ.
« Le volume d'émissions de carbone qu'on a comptabilisées ces derniers jours est l'équivalent, en huit mois, de trois années en moyenne », précise à La Tribune, Vincent-Henri Peuch, directeur du Service Copernicus de surveillance de l'atmosphère (CAMS).
« En seulement sept à huit jours, les émissions totales estimées sont passées de niveaux inférieurs à la moyenne, au plus haut total annuel jamais enregistré pour l'Espagne, dans les deux décennies de données sur les incendies du CAMS », précise aussi dans un communiqué Mark Parrington, directeur scientifique du Service.
Même tendance au Portugal, qui a connu depuis début 2025 des feux ravageurs avec 235 000 hectares de végétation partie en fumée, soit près de cinq fois la moyenne historique. L'institut scientifique indique que près de 11 millions de tonnes de CO₂ ont été rejetées par ces feux depuis le début de l'année. À la même période l'année dernière, le chiffre mesuré était de 4,3 millions. « En sachant que pour le Portugal le dernier record date de 2017, avec des feux qui se sont déclenchés très très tard dans l'été », précise Vincent-Henri Peuch.
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Un autre problème est pointé par les services de Copernicus : les particules fines dans l'air (les fameuses « PM2,5 » en jargon scientifique) augmentent elle aussi dangereusement. « Dans les zones d'incendies, essentiellement le nord-ouest de l'Espagne et le nord du Portugal, entre le 10 et le 19 août, on est à plus de 50 microgrammes par mètre cube d'air. C'est considérable », pointe le directeur du CAMS.
Un taux bien supérieur aux recommandations de qualité de l'air de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), fixées à 5 microgrammes de particule fine PM2,5 par mètre cube d'air. « Cette mauvaise qualité de l'air touche aussi la France avec des concentrations entre 5 et 10 microgrammes », souligne le directeur du CAMS. Et d'ajouter : « Une telle qualité de l'air, combinée à des fortes températures, affecte particulièrement les publics les plus fragiles, notamment les enfants et les personnes âgées, avec des problèmes respiratoires ou cardio-vasculaires plus fréquents. »
Si l'Espagne et le Portugal sont en ce moment les territoires les plus ravagés par les feux, lorsqu'on prend du recul, on constate que l'Europe est en passe de vivre sa pire saison d'incendies jamais enregistrée. Les données publiées la semaine dernière par le Système européen d'information sur les feux de forêt (Effis) le confirment : 439 568 hectares ont déjà brûlé dans les pays de l'Union européenne (UE) depuis janvier. Cela équivaut à une superficie bien plus étendue que celle du Luxembourg. Ce chiffre est en outre nettement supérieur aux 188 643 hectares touchés au cours de la même période en 2024.
Et le fautif dans cet emballement est clair selon les scientifiques : le changement climatique qui, par la hausse des épisodes de forte chaleur et des canicules, favorise l'inflammabilité des zones végétales. « Le facteur humain joue aussi, car un feu est la plupart du temps déclenché involontairement ou volontairement par des personnes », rappelle Vincent-Henri Peuch.
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Hier, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a d'ailleurs rappelé ce fait : « La science nous le dit et le bon sens aussi, en particulier celui des agriculteurs et... de ceux qui vivent dans les zones rurales, que le climat change, que l'urgence climatique s'aggrave, qu'elle devient plus récurrente, plus fréquente et avec à chaque fois des effets plus grands. »