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ClimatEnergie & Environnement

Cible CO₂, retard, points contestés : ce qu'il faut savoir du nouvel objectif climat de l'UE vers 2040

Photo de Mathieu Viviani

Mathieu Viviani

Publié le 02 juillet 2025 à 10:07 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:23

La Commission européenne devrait maintenir l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % en 2040.

La Commission européenne devrait maintenir l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % en 2040.

Philipp von Ditfurth/dpa via Reuters Connect

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ZOOM. À l’origine, la nouvelle feuille de route climat de l’UE devait être présentée au printemps. Mais les divergences de vues entre pays membres, certains remettant en cause le « Green Deal » européen, risquent de retarder la mise en place de celui-ci.

Après beaucoup d'atermoiements, la Commission européenne y est enfin arrivée. Ce mercredi, le bras exécutif de l'UE a soumis aux États membres sa nouvelle feuille de route climat vers 2040. La Commission promet de maintenir des ambitions élevées, mais introduit des « flexibilités » face aux réticences de certains pays. Au grand dam des ONG. Voici ce qu'il faut savoir sur ce nouvel objectif, jalon vers la neutralité carbone de l'UE en 2050.

📍 Réduire de 90 % les émissions de CO₂

Comme elle le recommandait il y a plus d'un an déjà, la Commission maintient l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 90 % en 2040, par rapport à 1990. Mais, pour tenter de rallier les États les plus sceptiques (notamment la Hongrie et la République tchèque), l'exécutif européen introduit de la souplesse dans le calcul. Ce qui ne plaît pas du tout aux organisations environnementales.

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Selon un avis récent du Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique (ESABCC), cette cible de -90 % d'émissions carbonées est « la seule trajectoire crédible », pour que l'UE devienne neutre en carbone d'ici 2050. « Viser un objectif plus bas ne compromettrait pas seulement les progrès de l'UE vers cet objectif, mais aussi sa durabilité, sa compétitivité à long terme et sa sécurité énergétique en cette période d'incertitude géopolitique », précise l'organisme, équivalent européen du Haut conseil pour le climat en France.

📍 Retard à l'allumage et calendrier serré avant la COP30

En février 2024 déjà, la Commission européenne avait déjà évoqué cet objectif. Mais les élections législatives européennes, qui ont vu monter de nombreuses voix contre le « Green Deal » de l'UE, ont mis en sourdine la dynamique. Un an plus tard, au printemps 2025, la Commission devait officialiser les choses, mais encore une fois les désaccords entre pays membres ont retardé les choses.

Ce mercredi, Bruxelles a donc enfin présenté sa feuille de route climat. Mais, fonctionnement des instances européennes obligent, celle-ci est avant tout une proposition. Le texte devra ensuite être discuté informellement entre les ministres de l'Environnement à la mi-juillet, avant un éventuel vote entre eux le 18 septembre. Puis, le texte sera transmis au Parlement européen pour être vraiment acté. En sachant que l'hémicycle est dominé par le Parti populaire européen (PPE), dont une frange est réticente aux nouvelles réglementations environnementales.

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En outre, Bruxelles espère que sa feuille de route sera approuvée avant la conférence climat de l'ONU (COP30), en novembre à Bélem, au Brésil. Stratégique, cette COP doit faire le bilan des dix ans de l'accord de Paris sur le climat de 2015. Le calendrier est donc serré pour Bruxelles.

📍 Des crédits carbone internationaux contestés

C'est l'un des points de discussion qui a fait le plus débat en coulisse. Pour parvenir à l'objectif, la Commission européenne souhaite, à partir de 2036, autoriser les Vingt-Sept à acheter des crédits carbone internationaux. Ceux-ci pourront être déduits de la feuille de route CO₂ nationale de chaque État membre. Et ce, à hauteur de 3 % du total de leurs émissions.

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Les ONG sont fermement opposées à ces crédits carbone internationaux. remettant en question les gains « réels » d'un tel dispositif sur les réductions d'émissions de CO₂. Interrogé par La Tribune à la fin mai, Nicolas Berghmans, directeur du programme « Nouvelles politiques industrielles » à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), rappelait : « L'achat de crédits carbone internationaux a été permis par le protocole de Kyoto, en vigueur entre 2008 et 2012. Cette initiative avait été critiquée car les projets verts dans lesquels les pays investissaient n'étaient pas de bonne qualité. » Pour l'expert, une vigilance accrue s'imposera de facto si la Commission confirme bien l'option des crédits carbone internationaux.

À noter également : la Commission propose aussi de mieux récompenser les entreprises qui captent et stockent le CO2, leur permettre de compenser les secteurs où ils sont plus polluants par une meilleure prise en compte de ceux où ils sont très performants.

📍 Encore des divergences entre pays membres

Parvenir à acter cette nouvelle feuille de route d'ici à septembre ne sera pas chose aisée, tant subsistent encore des divergences entre pays membres de l'UE. Raison pour laquelle Wopke Hoekstra, le commissaire européen chargé du climat, a fait de nombreux voyages dans les capitales européennes ces derniers mois.

Certains États membres ont déjà critiqué ouvertement les ambitions climatiques de l'Europe. À l'instar de la Hongrie du nationaliste Viktor Orbán ou de la République tchèque, qui défend son industrie lourde. De son côté, l'Italie de Giorgia Meloni suggérait de s'en tenir à une baisse des émissions de 80 % ou 85 % en 2040. D'autres soutiennent fermement la Commission, comme l'Espagne ou le Danemark, qui vient de récupérer la présidence tournante de l'UE pour six mois. Les « flexibilités » de 3 % envisagées par l'UE correspondent également aux exigences de l'Allemagne, dans l'accord de coalition du nouveau gouvernement.

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Enfin, la France défend de son côté une position plus ambiguë : Paris ne s'oppose pas directement aux 90 %, mais critique la méthode employée. L'Élysée réclame des garanties sur la décarbonation de l'industrie et un soutien à l'énergie nucléaire, l'une des clés de cette négociation.

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Lors d'un sommet européen jeudi dernier, le président français a aussi pointé ce fait : selon son engagement pris auprès de l'ONU, l'UE doit seulement présenter une trajectoire carbone pour 2035 à la COP30 au Brésil. Et non pour 2040. « Ne nous surcontraignons pas [...] si on a un objectif 2040 pour Bélem super, si cela doit prendre plus de temps, prenons-le », a ainsi réclamé Emmanuel Macron à Bruxelles la semaine dernière.

Mathieu Viviani

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