Depuis sa maison de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse (Aude), Arnaud Verdale ne peut que constater les dégâts. Face à lui s'étend un paysage de désolation. « Lunaire », décrit-il. Des hectares de végétation carbonisée sans la moindre tache de vert. Quatre jours après le déclenchement de l'incendie historique qui a ravagé plus de 17.000 hectares dans le massif des Corbières, ce vigneron se dit soulagé d'avoir vu le domicile familial épargné. Mais il a perdu la moitié de ses vignes et tout son matériel agricole. « On était entourés de pinèdes, c'était magnifique, évoque-t‑il. On n'avait jamais vu un feu si rapide et si virulent. »
Le 9 août au matin, près d'un millier de sapeurs-pompiers s'affairaient toujours pour éteindre les derniers relents d'un feu qu'il aura fallu quarante-huit heures pour maîtriser. À son pic, l'incendie aura mobilisé 2 000 personnes et l'intégralité des moyens aériens disponibles à l'échelle nationale. Un événement d'une ampleur rare, dû à une météo défavorable - avec de forts vents qui ont accéléré son expansion - mais surtout à une sécheresse persistante qui mine depuis trois ans le département de l'Aude et celui des Pyrénées-Orientales voisines.
« C'est une catastrophe humaine, écologique et économique, résume Éric Menassi, maire (PS) de Trèbes et président de l'association des maires de l'Aude. Ça nous rappelle que l'arc méditerranéen est extrêmement vulnérable au changement climatique qui nous frappe avec une violence inouïe. » Depuis 2022, le secteur enregistre en effet des déficits pluviométriques record. Si les précipitations ont fait leur retour au printemps dernier, elles n'ont pas été assez intenses pour nourrir durablement les sols et régénérer la végétation.