« Ce sont des chiffres très mauvais et l'année 2025 ne sera pas bonne », a réagi ce matin la ministre de la Transition écologique, après la publication des chiffres du Citepa.
Selon les dernières données du Citepa, la France a vu ses émissions de CO₂ repartir à la hausse entre janvier et mars de cette année. Une mauvaise nouvelle pour le gouvernement qui vient d’être épinglé sur l’insuffisance de sa politique climatique par le Haut conseil pour le climat.
La ministre de la Transition écologique l'avoue elle-même dans les colonnes du Monde ce vendredi matin : « Ce sont des chiffres très mauvais et l'année 2025 ne sera pas bonne. »
L'objet de sa déception : les émissions de CO₂ du premier trimestre 2025 qui, selon le dernier bilan du Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), augmentent très légèrement de 0,2 %, avec un niveau de 104 millions de tonnes en équivalent CO₂ (Mt CO₂e). Une tendance qui tranche avec la dynamique baissière observée ces derniers mois.
Photo d'illustration (Crédits : Citepa)
Le secteur du bâtiment plus mauvais élève
En cause particulièrement dans ce mauvais chiffre, d'après le centre d'étude mandaté par l'exécutif pour calculer les émissions de l'Hexagone : la fin des baisses record en matière de production d'énergie d'une part, et des émissions particulièrement élevées dans le secteur du bâtiment résidentiel et tertiaire (+5,2 %). Ce dernier facteur étant expliqué par une forte consommation de gaz et de chauffage durant un hiver 2025 plus frais que celui de 2024.
Meilleur élève, le secteur des transports, le plus émetteur tous en France, est celui qui a fait le plus d'effort, ses émissions passant de 30 Mt CO₂e à 29 Mt CO₂e, soit une baisse de 2,5 %. « Puis, viennent les secteurs de l'industrie manufacturière (-0,5 %) et de l'agriculture (-0,2 %) », rapporte le Citepa. En outre, ajoute-t-il, entre janvier et mars, « la majorité des polluants atmosphériques voient leurs émissions diminuer ». Parmi eux, le dioxyde de soufre (-4,1 %) et les oxydes d'azote (-0,3 %).
La France perd le rythme de sa décarbonation
L'autre donnée importante du centre d'études est sa prévision pour l'ensemble de cette année, un mode de calcul qu'il adopte pour la première fois. La baisse des émissions de gaz à effet de serre est donc estimée à seulement 0,8 % sur l'ensemble de l'année. En cas de confirmation, ce chiffre marquerait pour la France la plus faible réduction annuelle de gaz à effet de serre depuis 2018 (hors rebond post Covid-19).
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Par ailleurs, cette donnée confirmerait aussi que la décarbonation de l'Hexagone décélère. En 2024 déjà, la France a vu ses émissions carbonées reculer de 1,8 %, tandis qu'en 2023, le recul était de 6,7 %.
Un rythme qui est bien en deçà de ce que devrait faire le pays pour atteindre son objectif climatique principal, à savoir atteindre -55 % d'émission, d'ici à 2030 (par rapport à 1990). Selon les experts, pour y arriver, la France doit réduire ses émissions de 5 % par an jusqu'à la fin de la décennie. Le rythme doit donc être multiplié par six.
Photo d'illustration (Crédits : Citepa)
Coup de pression sur le gouvernement
Ce dernier rapport du Citepa est un nouveau coup de semonce pour le gouvernement, après celui du Haut conseil pour le climat (HCC), qui dans son rapport annuel cette semaine, a fait part de sa « préoccupation très forte » quant à la politique climat de la France. Selon l'instance scientifique indépendante, dont l'exécutif est censé mettre en application les recommandations, le rythme de décarbonation du pays a commencé à décrocher l'an dernier.
Et les raisons sont bien identifiées : « Le cadre d'action publique a pris un retard important », selon le rapport du HCC. En cause ici, l'incertitude gouvernementale et budgétaire de la France, qui depuis un an, ralentit la fabrique des lois, notamment environnementales.
Prioritaire, la troisième loi de « programmation pluriannuelle de l'Énergie » (PPE3) et la troisième « stratégie nationale bas carbone » (SNBC3) n'ont ainsi toujours pas été publiées. Et ce, alors que ces législations donnent un cap clair aux acteurs économiques, qu'ils soient engagés dans la transition écologique, ou non. Dans leur constat, les scientifiques vont encore plus loin en pointant des reculs « sur des mesures rencontrant pourtant du succès », comme « MaPrimeRénov » et le « leasing social », permettant aux plus modestes d'acheter une voiture électrique.
Photo d'illustration (Crédits : Citepa)
La réponse d'Agnès Pannier-Runacher
Sous pression en tant que ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher a tenté de répondre à ces mauvaises données dans une interview accordée au quotidien Le Monde ce matin. Réagissant au chiffre du Citepa, la ministre confie qu'il « serait facile d'incriminer la météo [l'hiver 2025 a été plus froid que le précédent, augmentant le recours au chauffage] ».
« Mais », poursuit-elle, « en fait, la confusion du discours politique, les reculades, les propos irresponsables et populistes de certains sur la transition écologique expliquent aussi ce que nous observons ». En ligne de mire de la ministre, une tribune récente de plusieurs leaders de droite, dont le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, qui appelle à « stopper le financement des renouvelables ».