Fort d’une soixantaine de méthaniseurs agricoles, le plus méridional des départements normands est devenu champion de France pour la production de biogaz en proportion de sa population.Les habitants de l'Orne ne le savent pas mais ils pourraient, si elle existait, se voir décerner la médaille d'or du gaz « vert ». Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'an dernier, le biométhane produit localement a représenté en moyenne un peu plus du tiers (36,2% précisément) de la consommation globale du département, foyers et entreprises confondus. De loin un record français en proportion de sa population. A titre de comparaison, le biogaz est entré pour moins de 2,5 % dans la consommation totale de gaz de l'Hexagone sur la même période, selon les données de l'Indicateur mensuel gaz renouvelables par département (IRGM).
Pourquoi un écart aussi important ? Terre d'élevage, l'Orne a perçu avant d'autres l'intérêt de transformer en biogaz les encombrants effluents de ses milliers de bovins (les déjections des animaux et leurs litières). « Le premier dossier que j'ai monté avec un agriculteur remonte à 17 ans quand on commençait à peine à parler de la méthanisation », témoigne Stéphane Bisson, responsable des énergies au sein du réseau mutualiste d'expertise comptable de CER France Normandie. Propulsé depuis expert national de la méthanisation au sein de son groupe, l'intéressé est l'un des artisans de cette percée du gaz vert.
« Effet d'entrainement »
« A l'instar de CER France qui a joué un rôle très actif, les parties prenantes se sont positionnées très tôt. Cela a eu un effet d'entrainement sur toute la filière », confirme en écho Madeleine Breguet, référente « métha » à la Chambre régionale d'agriculture. Résultat : aujourd'hui, le département abrite une grosse soixantaine de méthaniseurs « à la ferme » et plusieurs autres installations sont en passe de sortir de terre.
« Le collectif des acteurs fonctionne particulièrement bien ici. Il a démontré depuis longtemps sa capacité à porter et à dérisquer les projets », constate Pierre Monin, délégué territorial de GRT Gaz pour la Normandie et l'Île-de-France. L'opérateur a, lui-même, apporté une contribution importante à l'essor de la production. Grâce aux deux « rebours » construits par ses soins et aux trois autres en projet, les producteurs ornais sont assurés de pouvoir « vendre », via le réseau national, les volumes de biogaz qui ne trouvent pas preneurs localement, au printemps ou en été par exemple.