ENTRETIEN. Le groupe de réflexion Impact Tank publie ce mercredi un rapport sur l’économie « régénérative », une approche qui encourage les entreprises à « restaurer » les écosystèmes naturels. Un défi face aux impératifs du monde capitalistique, mais pas impossible, selon Christophe Sempels, un des auteurs de ce travail.Biodiversité en chute libre, ressources en eau à un niveau critique, rendement agricole en baisse... les conséquences du changement climatique sont déjà perceptibles par les entreprises. Celles-ci voient en effet désormais leur activité affectée de manière concrète, et leur rentabilité menacée. Un électrochoc qui rappelle une chose : l'interdépendance ténue entre l'environnement naturel et le monde économique.
Pour les entreprises, limiter les externalités négatives sur l'environnement est donc un pas indispensable. Mais un rapport publié ce mercredi par le think tank Impact Tank (animé par notamment par Sciences-Po et Paris-Dauphine PSL), démontre qu'il faut aller encore plus loin. L'étude propose une analyse et des outils concrets pour permettre aux entreprises de devenir des entités « régénérant » carrément la nature. Une approche innovante, prenant source dans l'expérience d'une cinquantaine de sociétés engagées dans la démarche.
Christophe Sempels, coauteur de ce travail et président de Lumia, un centre de formation qui accompagne les décideurs sur ces questions, nous éclaire sur cette démarche, qui n'est pas sans poser certains défis.
La Tribune. En quoi l'économie « régénérative » va-t-elle au-delà des approches classiques de développement durable ?
Christophe Sempels. Le développement durable classique a une soutenabilité faible, dans le sens qu'il considère que les différents capitaux sont substituables. Il faut dépasser cette approche désormais insuffisante. Pour prendre un exemple, selon ce modèle, pour pallier le manque d'abeilles, on va construire des drones qui vont polliniser les plantes à leur place. Sauf que ce n'est pas durable à long terme comme solution, il vaudrait mieux protéger les abeilles dès maintenant.