Inquiétudes sur le pétrole : l'AIE alerte sur un risque d'« excédent majeur » de production d'ici 2030
latribune.fr
La capacité totale d'approvisionnement devrait atteindre près de 114 millions de barils par jour d'ici à 2030, dépassant de 8 millions de barils par jour la demande mondiale estimée.
L'Agence internationale de l'énergie s'attend à un « excédent majeur » sur les marchés du pétrole d'ici 2030, selon son rapport annuel publié ce mercredi. Un constat partant d'une stabilisation de la demande, conjuguée à une hausse de la production mondiale.
Voilà qui ne va pas faire les affaires des pays et entreprises pétroliers. L'Agence internationale de l'énergie s'attend à un « excédent majeur » sur les marchés du pétrole d'ici 2030, selon un rapport annuel publié mercredi.
Essor des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique, accélération des voitures électriques... A mesure que la transition énergétique progresse, « la croissance de la demande mondiale de pétrole devrait ralentir dans les années à venir », souligne l'AIE dans ce rapport sur le pétrole.
Une demande qui se stabilisera d'ici 2030
Dans ce rapport, « sur la base des politiques actuelles et des tendances du marché », l'AIE fait tout d'abord le constat que « la forte demande des économies asiatiques à croissance rapide, ainsi que des secteurs de l'aviation et de la pétrochimie, devrait faire augmenter la consommation de pétrole dans les années à venir ».
Elle souligne néanmoins que « ces gains seront de plus en plus compensés » par différents facteurs tels que « l'augmentation des ventes de voitures électriques, l'amélioration du rendement énergétique des véhicules conventionnels (thermiques, NDLR), la diminution de l'utilisation du pétrole pour la production d'électricité au Moyen-Orient et les changements économiques structurels ».
L'AIE prévoit ainsi que la demande mondiale de pétrole, en incluant les biocarburants, « se stabilisera à près de 106 millions de barils par jour vers la fin de la décennie », contre un peu plus de 102 millions de barils par jour en 2023. Une progression d'un peu moins de 4% seulement, tirée par les économies émergentes d'Asie, en particulier la Chine et l'Inde, tandis que la demande chute dans les économies avancées.
Newsletter
Climat & environnement
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.
Une production largement supérieure à la demande
« Dans le même temps », explique l'AIE, « la production mondiale de pétrole devrait augmenter, atténuant les tensions sur le marché et poussant les capacités de production supplémentaires vers des niveaux jamais vus en dehors de la crise du Covid » en 2020. L'augmentation de l'approvisionnement mondial en or noir, sous l'impulsion des producteurs non membres de l'OPEP+, notamment des Etats-Unis, devrait dépasser la demande prévue dès 2025.
La capacité totale d'approvisionnement devrait atteindre près de 114 millions de barils par jour d'ici à 2030, dépassant de 8 millions de barils par jour la demande mondiale estimée. Cet excédent de production « pourrait ouvrir la voie à un environnement de prix du pétrole plus bas », souligne l'AIE.
Dans cet environnement d'« excédent majeur de l'offre (...) les compagnies pétrolières pourraient vouloir s'assurer que leurs stratégies et leurs plans d'entreprise sont préparés aux changements en cours », a déclaré le directeur général de l'AIE Fatih Birol, cité dans le communiqué.
L'Opep optimiste sur la consommation
Le constat de l'AIE n'est cependant pas celui des pays producteurs de pétrole réunis dans l'Opep. Selon un rapport de l'organisation publié en avril, l'appétit pour les transports, notamment aériens, devrait continuer à soutenir la demande mondiale de pétrole en 2024.
Dans le détail, le monde devrait ainsi consommer 104,5 millions de barils de pétrole par jour (mb/j) en 2024, puis 106,3 mb/j en 2025, après 102,2 mb/j en 2023, selon les projections mensuelles de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Les besoins en consommation de pétrole seront « soutenus par une forte demande pour le transport aérien » et la « bonne santé » du transport routier, ainsi que par les performances des secteurs industriels, de la construction et de l'agriculture dans les pays non-membres de l'OCDE, souligne l'Opep.
Les pays de l'Opep+ se sont accordés dimanche sur les moyens de soutenir les cours de pétrole à un moment de grandes incertitudes économiques et géopolitiques. Le groupe va « prolonger le niveau total de la production de pétrole brut (...) du 1er janvier 2025 au 31 décembre 2025 », a fait savoir l'alliance dans un communiqué.
Des coupes de 2,2 millions de barils par jour (mbj), qui concernent l'Arabie saoudite, la Russie, l'Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Kazakhstan, l'Algérie et Oman, sont étendues jusqu'en septembre 2024 puis seront « progressivement supprimées » d'ici à septembre 2025. De précédentes coupes volontaires de 1,65 mbj annoncées en avril 2023 sont elles étendues jusqu'à fin 2025, a précisé le ministère saoudien de l'Energie.