La perspective d'une potentielle arrivée au pouvoir du Rassemblement national, fermement opposé aux énergies renouvelables, inquiète les acteurs de la filière. Sans attendre les résultats des élections législatives anticipées, plusieurs acteurs se préoccupent déjà de la trajectoire de l'éolien en mer et du devenir des usines tricolores. Les craintes grandissent également du côté des champs, où la filière tout juste naissante de l'agrivoltaïsme fait face à un véritable coût d'arrêt.Publiquement, peu d'acteurs du monde des énergies renouvelables prennent la parole sur le contexte politique actuel et le risque de l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite alors que le Rassemblement national se présentera en position de force aux législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet, après sa large victoire aux européennes. Mais, en coulisses, l'inquiétude est bien présente. « Ils sont catastrophés », rapporte un bon connaisseur du secteur.
Et pour cause, le RN ne cache pas son désamour pour les éoliennes et les panneaux photovoltaïques. Il s'agit là d'énergies renouvelables électriques dites intermittentes au regard de leur production qui varie selon l'ensoleillement et la présence ou non de vent, mais dont le développement reste néanmoins indispensable pour assurer la sécurité d'approvisionnement électrique de la France. En effet, l'électrification massive des usages, nécessaire à la sortie des énergies fossiles, requiert une production accrue de courant, qui ne pourra être assurée par les seuls nouveaux réacteurs nucléaires, dont la mise en service n'interviendra pas avant 2035-2037 selon les calendriers les plus optimistes.
Moratoire sur l'éolien... et le solaire ?
Or, lors de la Présidentielle de 2022, Marine Le Pen plaidait tout bonnement pour « un moratoire sur l'éolien et le solaire » et pour un « démantèlement progressif des sites en commençant par ceux qui arrivent en fin de vie » pour l'éolien. Concernant le programme de Jordan Bardella pour les élections européennes du 9 juin, le sort réservé à l'énergie solaire reste flou. Il n'empêche que le président du RN ne mâche pas ses mots à l'égard des énergies renouvelables dans leur ensemble. « En imposant les énergies intermittentes (...), la Commission saccage le système électrique français, qui garantit pourtant notre sécurité d'approvisionnement, une énergie décarbonée et un prix attractif », peut-on lire dans un paragraphe intitulé « Refaire de la France un paradis énergétique ». Paradis qui n'a d'ailleurs jamais existé puisque que notre mix énergétique dépend depuis de nombreuses années d'énergies fossiles importées, comme le souligne le think tank Terra Nova dans une note dédiée.