Pour la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente de l’un des groupes de travail du Giec de 2015 à 2023, la tempête Kirk constitue un rappel supplémentaire de l’urgence à prendre en compte le changement climatique dans les politiques publiques.LA TRIBUNE DIMANCHE - Quels sont les enseignements que vous tirez du passage de la dépression Kirk ?
VALÉRIE MASSON-DELMOTTE - Dans la vallée de Chevreuse, où je travaille, les ouvrages hydrauliques ont été pensés au regard de ce qui - à l'époque de leur construction - constituait de fortes précipitations. Kirk a conduit à des cumuls de pluies sur vingt-quatre heures largement plus importants, et les capacités de stockage ont été dépassées, provoquant de nouvelles inondations après celles de 2016. Je suis profondément inquiète car le changement climatique va continuer d'entraîner l'intensification de ce type de phénomènes.
Pourquoi sommes-nous si mal préparés quand bien même le Giec alerte sur le changement climatique depuis sa création il y a trente-six ans ?
Ses rapports informent sur l'état des connaissances scientifiques, le fonctionnement du climat, les tendances récentes et les projections, mais aussi l'aggravation des impacts, les risques futurs et les leviers d'action. Ils doivent être complétés par des données à l'échelle de chaque secteur ou territoire. Cela demande aussi de prendre en compte les connaissances que l'on a du changement climatique dans les plans de prévention des risques et dans les cadres réglementaires comme le Code de l'environnement et de l'urbanisme. Les adaptations progressent mais elles sont fragmentées et réactives.
Un exemple : les politiques de gestion de l'eau n'anticipent pas les contraintes croissantes sur la disponibilité en eau résultant de l'augmentation de l'évapotranspiration dans un climat plus chaud et de la perte des glaciers de montagne. En France, les décisions politiques sont prises en regardant dans le rétroviseur, elles n'intègrent pas suffisamment les évolutions du climat, et le réchauffement planétaire à venir. L'État est censé y remédier dans le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique, avec une trajectoire de référence dont la publication - toujours attendue - a été maintes fois reportée. Reste à savoir quel budget sera alloué à sa mise en œuvre...