L’institution financière juge élevé le coût du soutien public à la production de biogaz, qui s’établit déjà à plusieurs milliards d’euros. Elle redoute aussi que le futur mécanisme ne se traduise par un coût insoutenable pour les consommateurs. De quoi questionner les objectifs de production.Habitués à éplucher les dérives et risques des programmes nucléaires passés et futurs, les magistrats de la rue Cambon se sont penchés pour la première fois sur une toute autre thématique de la politique énergétique tricolore : le coût du soutien au biogaz et la définition de son objectif de production, alors que les volumes sont censés quadrupler à l'horizon 2050.
Un sujet hautement sensible pour la filière gazière et notamment pour le gestionnaire du réseau de distribution GRDF, pour qui le développement de cette molécule, beaucoup moins carbonée que le gaz naturel fossile, amené à disparaître de nos tuyaux, constitue un enjeu existentiel.
Dans ce rapport au volume hors normes de près de 260 pages, l'institution financière se montre à la fois critique sur le mécanisme de soutien public actuel et inquiète sur le futur dispositif, extrabudgétaire, des certificats de production de biogaz, « qui nous paraît porteur de risques importants en termes d'impacts de prix pour les consommateurs », indiquent ses auteurs. Lesquels alertent aussi sur les évolutions du partage de la valeur au détriment des agriculteurs et des risques environnementaux.
Un soutien parmi les plus onéreux
Issu de la fermentation de matières organiques par un procédé appelé méthanisation, le biogaz fournit une énergie utilisée pour produire de l'électricité ou de la chaleur, par cogénération, ou injectée directement dans les réseaux de gaz après épuration sous forme de biométhane. Il a l'avantage de présenter un bilan carbone positif comparé au gaz naturel qu'il vise à remplacer et de pouvoir être produit localement à l'heure où les enjeux de souveraineté énergétique sont exacerbés par les tensions géopolitiques.