Suède : début du procès du plus grand scandale environnemental sur fond de déchets illégalement enfouis
latribune.fr
Les déchets déversés ou enfouis par NMT Think Pink étaient constitués de matériaux de construction, d'électronique, de métaux, de plastique, de bois, de pneus, de jouets et d'autres matériels (photo d'illustration).
REUTERS/Charles Platiau
Onze personnes sont jugées en Suède à partir de ce mardi dans le cadre de la plus grande affaire de criminalité environnementale qu’a connu le pays ces dernières décennies. Parmi elles, l’ancienne dirigeante de NMT Think Pink, entreprise qui aurait illégalement déversé ou enterré environ 200.000 tonnes de déchets.
Le procès qui s'ouvre ce mardi en Suède est à l'image de l'affaire qu'il concerne : colossal. Elle est considérée comme le plus grand scandale environnemental de ces 50 dernières années dans le pays, d'après la chaîne de télévision publique SVT. L'enquête policière tient sur plus de 45.000 pages et 150 témoins sont attendus à la barre du tribunal de Södertörn, en banlieue de Stockholm, pour des audiences qui doivent se tenir au moins jusqu'à mai 2025.
Dans le viseur de la justice suédoise ? L'entreprise de gestion des déchets NMT Think Pink. Elle est soupçonnée d'avoir illégalement déversé ou enfoui environ 200.000 tonnes de déchets dans une vingtaine de sites répartis dans le centre de la Suède.
Ces déchets étaient constitués de matériaux de construction, d'électronique, de métaux, de plastique, de bois, de pneus, de jouets et d'autres matériels. D'après l'acte d'accusation, d'importantes quantités de PCB (polychlorobiphényles, polluants dit éternels), plomb, mercure, arsenic et autres produits chimiques ont été libérées dans l'air, le sol et l'eau.
Cela« a conduit, ou aurait pu conduire, à une pollution dommageable à la santé des humains, des animaux et à la flore »,selon la justice.
La société, créée en 2012 mais qui a pris le nom NMT Think Pink à partir de 2016, selon SVT, avait été sélectionnée par de nombreuses communes, entreprises de construction, copropriétés et foyers pour recycler et traiter leurs déchets de construction. Elle s'était au fil du temps bâti une belle renommée, remportant à deux reprises un prestigieux prix suédois récompensant sa croissance rapide et créatrice d'emplois.
Une success-story construite toutefois sur du faux d'après l'enquête. Toujours selon l'acte d'accusation, Think Pink a constitué des tas « non triés, écrasés, broyés et/ou sans protection suffisante », avant de les abandonner et d'en « céder le contrôle ». Les procureurs estiment que l'entreprise les « a récolté sans intention ou capacité de les traiter conformément à la législation ».
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Think Pink a depuis fait faillite, après l'ouverture de l'enquête en 2020 pour soupçons de crimes environnementaux graves et l'arrestation de ses actionnaires.
Une «reine des ordures» et dix accusés
11 personnes figurent parmi les mis en cause dont cinq pour délit environnemental grave. Dans cette liste se trouve celle qui s'était autoproclamée en Suède « reine des ordures ». Fariba Vancor, connue à l'époque sous le nom de Bella Nilsson, a été la directrice générale de Think Pink. Elle a affirmé à des médias suédois que son groupe avait agi conformément à la législation et qu'elle avait été victime d'un complot organisé par ses concurrents.
« Elle peut tout expliquer (...) cela implique le fonctionnement du secteur »,a défendu son avocat, Jan Tibbling, au quotidienDagens Nyheterce lundi.
À ses côtés parmi les principaux suspects, son ex-mari et fondateur de l'entreprise, Thomas Nilsson, ainsi que Leif Ivan Karlsson, un riche entrepreneur excentrique qui a participé à une émission de téléréalité, et le « courtier en déchets » Robert Silversten. Cinq autres prévenus sont soupçonnés de délit environnemental de degré normal et un dernier, Magnus Karlsson, un consultant ayant aidé l'entreprise à valider des inspections environnementales, de complicité. Tous nient avoir commis un crime.
Reste que ces 200.000 tonnes de déchets ne sont peut-être que la partie immergée de l'amas. L'un des procureurs du procès, Linda Schön, a en effet expliqué au quotidien Dagens Nyheter que l'enquête avait été limitée à 21 sites pour pouvoir s'achever dans les délais légaux.
« Il est possible que nous n'ayons pas pu enquêter sur un certain nombre de sites, mais nous pensons que 21 sites suffisent à montrer le caractère systématique des crimes »,a-t-elle précisé.
Ces 21 sites sont répartis sur 15 communes suédoises. Plusieurs d'entre elles réclament des dommages et intérêts pour les coûts de nettoyage et de décontamination, pour un total de 260 millions de couronnes (23 millions d'euros). L'une des principales demandes vient de la commune de Botkyrka où deux des monceaux de déchets de Think Pink avaient pris feu, provoquant des incendies qui ont fait rage pendant des mois en 2020 et 2021, l'un d'eux étant situé à proximité de deux réserves naturelles. Verdict dans quelques mois.