Terres rares, minerais stratégiques, matières premières critiques : quelles différences ?

Agathe Perrier

Agathe Perrier
L'Espagne qui veut relancer l'exploitation de son sous-sol riche en minerais stratégiques, les États-Unis qui louchent sur les « terres rares » de l'Ukraine, la France qui rencontre une opposition citoyenne contre son projet de mine de lithium... Pas un jour, ou presque, sans qu'une ressource de ce type ne soit évoquée. Mais de quoi parle-t-on exactement ?
Les terres rares sont des métaux et des composés métalliques. Il s'agit en fait d'un groupe de 17 éléments chimiques du tableau périodique : 15 appartiennent à la famille des lanthanides (lanthane, cérium, praséodyme, néodyme, prométhium, samarium, europium, gadolinium, terbium, dysprosium, holmium, erbium, thulium, ytterbium, et lutécium) auxquels s'ajoutent l'yttrium et le scandium.
« Cette dénomination s'explique car les terres rares sont présentes partout sur Terre mais sont disséminées en très faible quantité, à l'inverse de certains métaux pour lesquels on retrouve des gisements massifs, avec une forte concentration de métal », déchiffre l'enseignante-chercheuse Émilie Janots dans un article pour le CNRS. La raison se trouve aussi peut-être ailleurs. « Leur nom français vient sans doute d'une traduction approximative de l'anglais. L'appellation "rare-earth elements" aurait pu être traduite par "éléments rares sur Terre" ou "éléments terrestres rares" », peut-on lire sur le site Géoconfluences. C'est pourquoi certains préfèrent utiliser le terme de métaux stratégiques pour les désigner.
⚒ Où les utilise-t-on ?
Dans de nombreux domaines des technologies dites de pointe. Notamment dans la fabrication des éoliennes, des véhicules électriques, des smartphones, des robots médicaux ou encore dans l'armement comme pour les missiles. « On les exploite également en raison de leur fonction de catalyseur, d'aimant mais aussi pour la métallurgie et le polissage », précise l'article du CNRS.
📍 Qui en produit ?
La production a été estimée en 2023 à environ 350 000 tonnes dans le monde, d'après l'institut géologique américain (USGS). La Chine s'affiche en première place des pays producteurs de terres rares, avec près de 69 % de la production minière mondiale. Suivie par les États-Unis (12 %), la Birmanie (11 %), l'Australie (5 %) et la Thaïlande (2 %). D'autres pays, comme l'Inde, la Russie et le Vietnam, ont aussi des productions identifiées.
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Il s'agit de matières premières minérales qualifiées de « stratégiques » en raison de leur importance capitale pour la transition énergétique. Parmi ces minerais : les terres rares justement mais aussi le cobalt, le graphite, le lithium, le nickel, le manganèse, le cuivre ou encore le niobium.
Là aussi dans de nombreux domaines des technologies dites de pointe. Dans l'industrie automobile, la production de batteries lithium-ion requiert ainsi différents minerais (lithium, nickel, manganèse, cobalt, graphite). Dans les énergies renouvelables, les terres rares sont nécessaires pour la fabrication d'aimants permanents utilisés pour les éoliennes ; le silicium constitue une composante essentielle pour la production d'électricité des panneaux photovoltaïques, et le cuivre est utilisé pour les infrastructures électriques des énergies renouvelables.
La production est très concentrée sur le plan géographique. « L'extraction des principaux minerais stratégiques est partagée entre quelques États, et la Chine domine désormais le raffinage et la transformation de la majeure partie d'entre eux », indique la direction générale du Trésor dans un rapport d'octobre 2024.
Un autre terme est aussi utilisé : celui de matières premières critiques ou stratégiques. Il regroupe en fait à la fois les métaux, les minéraux et les matières naturelles « les plus importantes sur le plan économique et qui présentent un risque élevé de pénurie d'approvisionnement », dixit le Conseil européen. L'UE en a listé 34 critiques pour le moment, dont 17 sont aussi considérées comme stratégiques.
Les matières premières critiques stratégiques : aluminium/bauxite/alumine, lithium, silicium métallique, gallium, manganèse, germanium, graphite, bismuth, titane métal, bore, métaux du groupe platine, tungstène, cobalt, cuivre, nickel, certaines terres rares.
Les matières premières critiques : charbon à coke, phosphore, antimoine, feldspath, scandium, arsenic, fluorine, magnésium, barytine, strontium, béryllium, tantale, hafnium, niobium, hélium, phosphorite, vanadium.
Survolez les points colorés pour voir de quelles ressources les pays disposent.
Plusieurs pays comme la France, l'Espagne et l'Italie, s'emploient actuellement à cartographier ou à actualiser la cartographie de leurs ressources géologiques en métaux stratégiques.
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À titre d'exemple, l'inventaire des Ressources minérales du sous-sol français a été réalisé dans les années 1970 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). S'il a régulièrement été mis à jour jusque dans les années 1990, ça n'a plus été le cas depuis. D'où une actualisation prochaine qui « ouvre la voie à une couverture plus large et plus profonde des territoires étudiés et à une détection affinée des substances », indique l'organisme.
Agathe Perrier