Les centrales nucléaires occidentales ne manqueront pas d'uranium à court et moyen termes, assurent plusieurs spécialistes malgré l'appétit colossal de la Chine. En revanche, de nouvelles mines devront prochainement être mises en production et de nouveaux pays producteurs pourraient s'inviter sur ce marché très sensible.« Les groupes énergétiques américains et européens menacés par la pénurie d'uranium », titrait en début de semaine un article du Financial Times, alertant sur la part de plus en plus importante des livraisons d'uranium naturel provenant du Kazakhstan, le premier producteur mondial de ce minerai, vers la Chine, qui construit des réacteurs nucléaires à toute vitesse. Et ce au détriment des acteurs américains et européens.
Mais Nicolas Maes, directeur général d'Orano, donne, lui, un tout autre son de cloche. « Y aura-t-il une pénurie à court terme ? Absolument pas. Y aura-t-il une pénurie à moyen terme ? Non plus. Ensuite, y aura-t-il une pénurie d'uranium dans les décennies à venir ? Non », a-t-il insisté, à l'occasion de la publication des résultats annuels du groupe français, spécialiste du cycle du combustible nucléaire. Alors qu'en est-il réellement ?
Hausse de la demande et tensions géopolitiques
L'uranium naturel est le minerai grâce auquel carburent les réacteurs nucléaires. Il est d'abord extrait des mines, puis concassé, broyé et traité afin d'être concentré. On obtient alors une poudre jaune, appelée yellow cake. Suivent des opérations de conversion et d'enrichissement avant que les pastilles d'uranium soient assemblées en combustibles ; lesquels sont chargés dans la cuve des centrales atomiques.
Or, le retour en grâce du nucléaire, porté par des enjeux de souveraineté énergétique et climatiques, auquel s'ajoutent de nombreuses tensions géopolitiques contribuent à rebattre les cartes de ce marché mondial. En témoigne la hausse du prix de la livre d'uranium, qui s'échange désormais sur les marchés à 70 dollars, contre 17 dollars en 2017. Cette hausse s'est accentuée depuis 2021, « du fait d'une demande importante, des stocks bas et de la spéculation », explique Teva Meyer, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).