Aux prises avec l’érosion de leurs côtes, plusieurs localités du bord de mer expérimentent des solutions fondées sur la nature de préférence à des protections « en dur ».Lutter contre la mer ou laisser faire la nature ? Dans le village finistérien de Treffiagat, les élus ont tranché. L'empilement de rochers qui borde une partie de la dune de ce riant village de pêcheurs ne sera bientôt plus qu'un souvenir. Balayée par des vagues hautes comme des immeubles à chaque grosse tempête, la commune se prépare à déconstruire la barrière rocheuse longue de 700 mètres qui avait été édifiée à la fin des années 90 pour protéger les habitations d'un quartier situé en arrière de la plage.
L'enrochement empêchait la mer de prendre ses aides dans les marais voisins et accentuait l'érosion là où aucune protection ne barrait la route à la houle. « Les études que nous avons réalisées ont montré qu'il engendrait plus de désordres qu'autre chose», résume Eric Jousseaume, le vice-président de la communauté de communes du Pays Bigouden, rencontré par La Tribune aux rencontres Littomorphose organisées à Granville par le Département de la Manche.
L'événement a réuni pendant trois jours une poignée de localités côtières décidées à lutter autrement contre la montée des eaux dans le cadre de programmes d'aménagement expérimentaux (dit PPA).
Renaturer plutôt que bétonner
Autre illustration à Sète (Hérault) où l'agglomération pilote un programme de « recomposition littorale » de la station balnéaire de Frontignan : une bande de terre de sept kilomètres de long prises en tenailles entre la Méditerranée et l'étang de Thau. Ici aussi, la pertinence de l'endiguement est remise en question. Pour Yvon Iziquel, chef de projet, ériger des barrages relève même de l'acharnement thérapeutique.
«Lorsque l'on recharge le cordon dunaire, on donne le sentiment aux gens qu'on les protège mais, en réalité, on fait semblant, souligne t-il.Il faut au contraire effectuer un pas de côté pour inventer un nouveau récit d'aménagement quitte à abandonner une partie du territoire».