La Manche en passe de désamorcer une bombe climatique
Nathalie Jourdan
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Aujourd'hui exploité par le producteur de terreau Le Florentaise, le site est la dernière carrière de tourbe en France.
PNR
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Aujourd'hui exploité par le producteur de terreau Le Florentaise, le site est la dernière carrière de tourbe en France.
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C'est un paysage qui s'est formé au cours des douze derniers millénaires dans une cuvette géologique grâce à l'accumulation patiente de matières organiques. Située au cœur des marais du Cotentin, la tourbière de Baupte est la plus vaste de France et l'une des plus grandes d'Europe. Formidable réservoir de biodiversité, c'est aussi un exceptionnel puits de carbone.
Sur près de mille hectares, elle piège, chaque année dans le sol, un cinquième du carbone que stockent tous les milieux tourbeux de l'Hexagone. Soit 4,4 millions de tonnes, selon un rapport du Ceser Normandie paru en fin d'année dernière. Pour donner une idée, cela représente presque deux fois le volume de CO2 qu'émet annuellement la plus grande raffinerie européenne de TotalEnergies, située pas très loin de là en Seine-Maritime.
Pour autant, les quantités captées seraient beaucoup plus importantes si le site n'avait pas été exploité depuis 70 ans à des fins de chauffage d'abord (quand la tourbe était « le charbon du pauvre ») puis de production de terreau ensuite. Concrètement, une bonne part de sa surface s'est asséchée sous l'effet des pompages indispensables à l'extraction de la tourbe par des engins mécanisés. Conséquence, des débris végétaux revenus à l'air libre se décomposent en émettant, au passage, du gaz carbonique plutôt que d'en stocker.
Pour inverser cette courbe délétère, décision a donc été prise de classer le site en réserve naturelle au terme de l'arrêté d'exploitation qui arrivera à échéance en fin d'année prochaine. « On s'apprête à tordre le cou à un serpent de mer », se félicite Jean Morin, président du Département de la Manche.
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De fait. Il se sera écoulé près de quinze ans, depuis l'installation d'un premier comité de pilotage en 2010, avant que les parties prenantes (pouvoirs publics, collectivités, agriculteurs, chasseurs, parc naturel...) parviennent à un modus vivendi. Lequel achoppait sur l'arrêt programmé des pompages et l'ennoiement simultané de 400 hectares de parcelles agricoles : un chiffon rouge pour beaucoup d'acteurs, éleveurs en tête, qui se refusaient à l'envisager.
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Nathalie Jourdan