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Les villes, moteurs de la transition écologique

Irène Frat

Publié le 11 décembre 2023 à 14:58 - Mis à jour le 11 décembre 2023 à 14:59

« En France, si les besoins humains sont quasiment tous satisfaits, le pays n'est pas assez vertueux en ce qui concerne les limites planétaires », affirme l'économiste Kate Raworth.

« En France, si les besoins humains sont quasiment tous satisfaits, le pays n'est pas assez vertueux en ce qui concerne les limites planétaires », affirme l'économiste Kate Raworth.

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Elles consomment énormément d'énergie et leurs émissions de gaz à effet de serre représentent les trois quarts du total mondial. Les métropoles cherchent donc à se réinventer, à la fois pour lutter contre le dérèglement climatique et s'adapter à ses effets. A une table ronde sur ce sujet, dans le cadre du Forum Zéro Carbone organisé par La Tribune le 7 décembre, les représentants de Bordeaux et Paris ont apporté leur témoignage. Des solutions existent. Autant les mettre rapidement en œuvre. En s'appuyant par exemple sur la philosophie développée par l'économiste britannique Kate Raworth,...

... du « donut ».

Avec 4,2 milliards de personnes, les villes concentrent déjà aujourd'hui la majeure partie de la population mondiale. Et selon les prévisions, le nombre de leurs habitants pourrait quasiment doubler d'ici 2050. Or, les experts du Giec notent que les villes, très gourmandes en énergies qu'elles ne produisent pas, sont responsables de 75 % des émissions mondiales de CO2. Ils alertent en outre sur les aléas climatiques qui rendent les centres urbains particulièrement vulnérables, avec notamment l'effet des îlots de chaleur qui peuvent ajouter 2°C au réchauffement local. Comment, dans ces conditions, préserver la qualité de la vie, voire les activités ? De fait, en août dernier, des températures de plus de 50 °C, dans plusieurs villes d'Iran, ont incité les autorités à mettre le pays quasiment à l'arrêt pendant deux jours, avec fermeture des écoles, des banques, des administrations et de certaines entreprises.

>> LE REPLAY : Retrouvez en vidéo notre forum « Paris Zéro Carbone 2023 »

Les métropoles à la manœuvre

Plusieurs grandes métropoles ont décidé d'agir. Paris a ainsi récemment présenté son 4e plan climat, qui devrait être prochainement adopté. Un schéma d'envergure, systémique, même, visant à faire triompher « la sobriété en énergie, en eau et en matière », indique Dan Lert, adjoint à la maire de Paris en charge de la transition écologique, du plan climat, de l'eau et de l'énergie. Les leviers que la Ville entend mettre en œuvre incluent la rénovation de l'habitat, mais aussi une meilleure gestion de l'eau et de son recyclage, sans oublier de s'attaquer « à la surconsommation de biens, en gérant mieux la publicité commerciale, et au surtourisme, avec notamment une réduction du trafic aérien », poursuit-il.

Dans le cadre de la réflexion « Paris 50°C », les élus parisiens préparent aussi la capitale aux canicules à venir, avec un plan Grand Chaud. Son objectif sera d'offrir des espaces refuges aux personnes sans-abri ou à celles dont le logement devient invivable en cas de fortes chaleurs. En outre, la mairie, qui a déjà largement limité l'usage de la voiture - « au point que la pollution a baissé de 30 à 60 % dans certains quartiers en 10 ans », note Dan Lert  -, veut profiter de la mise en place d'une voie spéciale sur le périphérique pour acheminer plus facilement athlètes et délégations, lors des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. L'objectif est de pérenniser le dispositif, sous la forme d'une voie de covoiturage, associée à une réduction de la vitesse à 50 km/heure. De quoi améliorer la qualité de l'air pour les « 130.000 personnes qui habitent en bordure de ces routes extérieures. C'est aussi un enjeu de santé publique puisque nombre de ces habitants, en particulier des enfants et des personnes âgées, remplissent les urgences en raison de problèmes respiratoires », ajoute-t-il.

Enfin, Paris table sur une végétalisation accrue et même des « forêts urbaines », comme celle qui a été plantée tout récemment place de Catalogne. D'autres, sur la place du Colonel Fabien et sur le parvis de l'Hôtel de Ville (après les JOP 2024), devraient également être créées. Il s'agit, de manière générale, d'obtenir 300 îlots de fraîcheur dans la capitale d'ici 2030. Et bien sûr, en théorie tout au moins, les Parisiens pourront également se rafraîchir en période de canicule en se baignant dans la Seine...

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Davantage d'autonomie énergétique à Bordeaux

De son côté, face aux épisodes de canicule, de sécheresse, de grêle et aux nombreux incendies, Bordeaux a revisité son Plan climat - air, énergie, territorial - en 2021 et adopté un modèle d'éco-croissance. Les objectifs poursuivis incluent la réduction des consommations d'énergie et l'accroissement d'une production énergétique renouvelable locale, dans le but de faire de la métropole un territoire à énergie positive et bas carbone à horizon 2050.

« En 2020, notre autonomie énergétique n'était que de 4 %, nous voulons plus de 40 % à horizon 2026 », détaille Claudine Bichet, adjointe au Maire de Bordeaux, chargée des finances, de la transition énergétique et de l'égalité femmes-hommes. Et comme une partie des énergies renouvelables devra être produite en dehors des métropoles, « les villes ont un effet d'entraînement sur les territoires alentours », se réjouit-elle. A cet égard, Bordeaux mise sur la coopération régionale, pour l'aménagement de l'habitat, de l'espace ou des déplacements et le développement de filières décarbonées de la part des acteurs économiques. Le tout dans le cadre d'une gouvernance élargie. D'autant que son plan climat intègre l'ensemble des émissions générées par le territoire, y compris les émissions indirectes. « Nous avons fait le choix de l'empreinte carbone afin de couvrir l'intégralité des causes d'émissions de gaz à effet de serre, ajoute Claudine Bichet. Et la métropole ambitionne de diviser par six son empreinte à horizon 2050. »

Besoins humains et limites planétaires

Autant d'initiatives qui s'inscrivent dans une philosophie à la fois de lutte contre le dérèglement climatique et d'adaptation à ses effets. Et quoi de mieux pour l'éclairer que de s'appuyer sur la théorie du « donut » - ce beignet rond avec un trou au milieu - développée par Kate Raworth ? L'économiste britannique l'a présentée en préambule de la table ronde. Selon son modèle, détaillé dans son livre : La théorie du Donut (2017), le trou central représente la proportion de personnes n'ayant pas accès aux éléments essentiels de la vie (soins de santé, éducation...) et le bord extérieur, les limites planétaires. Il s'agit donc, avec ce nouveau mode de pensée, de s'affranchir de la notion de croissance économique sans fin, incarnée par la seule mesure de PIB, pour mettre en place une nouvelle forme de progrès, qui satisfera les besoins de tous, mais en respectant les limites planétaires (déjà dépassées pour six d'entre elles sur neuf, dont le réchauffement planétaire, la perte de la biodiversité, les pollutions chimiques...).

À lire également

  • Retrouvez en vidéo notre forum « Paris Zéro Carbone 2023 »
  • Cop28 : stocker le carbone, une technologie onéreuse mais décisive

Certaines villes se sont déjà saisies du « donut ». Ainsi, en 2020, Amsterdam a été la première à l'adopter officiellement pour guider ses décisions de politiques publiques. Depuis, Bruxelles, Copenhague et Berlin ont également décidé de s'en inspirer, de même que Sydney et Melbourne, en Australie, Nanaimo, une municipalité sur l'île de Vancouver, au Canada, et Ipoh, en Malaisie. Au total, ce sont plus de 70 villes qui tentent désormais de conjuguer bien-être des humains et de la planète. En termes de nations, « le Costa Rica est le seul qui est le plus proche du diagramme idéal, relève Kate Raworth. En France, si les besoins humains sont quasiment tous satisfaits, le pays n'est pas assez vertueux en ce qui concerne les limites planétaires. » La responsabilité est mondiale et interconnectée, certes. Mais les métropoles étant largement responsables de la consommation d'énergie et des émissions de gaz à effet de serre, « la transition dont le monde a besoin doit commencer dans les villes », conclut-elle.

Irène Frat

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