PFAS : les polluants éternels de plus en plus nombreux dans les pesticides américains
latribune.fr

14% des principes actifs de pesticide aux Etats-Unis sont des PFAS (photo d'illustration)
Stephane Mahe
latribune.fr

14% des principes actifs de pesticide aux Etats-Unis sont des PFAS (photo d'illustration)
Stephane Mahe
Les PFAS, plus souvent appelés « polluants éternels », sont de plus en plus utilisés dans les pesticides aux Etats-Unis, selon une étude parue ce mercredi par la revue scientifique Environemental Health Perspectives.
Cette tendance tend à démontrer la facilité avec laquelle les PFAS se disséminent dans l'environnement, s'accumulant avec le temps et arrivent, in fine, jusque dans le corps humain où ils provoquent de graves problèmes de santé.
Minuscules et quasiment indestructibles, ces PFAS (ou « per et polyfluoroalkylées »), sont utilisés en raison de leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes, ainsi que de leur bonne résistance à la chaleur et de leur grande stabilité chimique. Ils entrent aujourd'hui dans la composition de très nombreux produits du quotidien, y compris les pesticides.
Si les régulateurs ont progressivement limité ou interdit leur utilisation dans un grand nombre d'objets et de produits, les intrants agricoles - directement utilisés par exemple sur les fruits et légumes, avant de contaminer les cours d'eau - ne sont pas concernés aux Etats-Unis. Surtout que « plus on les cherche, plus on en trouve », raconte auprès de l'AFP la co-autrice de l'étude Alexis Temkin, toxicologue au sein de l'association Environmental Working Group.
Selon les résultats de l'étude, 14% des principes actifs de pesticide aux Etats-Unis sont des PFAS, dont près d'un tiers des principes actifs autorisés ces dix dernières années. Et huit substances autorisées comme adjuvants sont des PFAS, dont le téflon.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Si l'entreprise éponyme a arrêté la commercialisation de ses poêles en 2013, le régulateur américain n'a que très récemment lancé le processus pour interdire le téflon des pesticides. Ce régulateur, l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), serait moins scrupuleux que les standards de l'OCDE, d'après certains co-auteurs de l'étude.
D'autant que les emballages de ces pesticides utilisent également des PFAS. Les résultats de cette étude constituent « une nouvelle absolument effrayante, car les pesticides sont parmi les polluants les plus disséminés dans le monde », analyse un autre co-auteur, Nathan Donley. « Mêler les pesticides avec les polluants éternels, c'est comme ajouter un fardeau supplémentaire à la génération qui vient, avec davantage de maladies chroniques et un nettoyage rendu impossible » ajoute-t-il.
Les auteurs recommandent donc l'interdiction de ce type d'emballage, une plus grande transparence sur les ingrédients utilisés, et que soit mené plus de recherche sur la dissémination de ces polluants et leur impact sur la santé.
Une forte exposition à ces PFAS peut affaiblir le système immunitaire, réduire la fertilité ou perturber le cycle hormonal, selon les scientifiques, même si les connaissances sur ces substances restent à compléter. En 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA (perfluorooctanoic acid ou PFOA en anglais) comme « cancérogène pour les humains » et le (perfluorooctanesulfonic acid ou PFOS en anglais) comme substance « cancérogène possible pour les humains ».
L'autre source de préoccupation est la capacité des PFAS à perturber la réponse immunitaire. Les travaux scientifiques de Philippe Grandjean avaient montré, dès le début des années 2010, que plus les enfants présentaient des taux élevés de contamination par des composés perfluorés, moins leur réponse à la vaccination était efficace.
À lire également
En France, une proposition de loi prévoyait d'interdire à partir du 1er janvier 2026 la fabrication, l'importation et la vente de tout produit cosmétique, produit de fart (pour les skis) ou produit textile d'habillement contenant des PFAS, à l'exception des vêtements de protection pour les professionnels de la sécurité et de la sécurité civile.
Votée à l'Assemblée nationale, puis en première lecture au Sénat le 30 mai dernier, la proposition de loi attendait une validation de la chambre basse qui ne devait pas poser de problème. La dissolution le 9 juin dernier a finalement gelé cette proposition de loi porté par le député de l'ancien groupe Nupes Nicolas Thierry. Ce dernier a été réélu dans sa circonscription de Gironde le 7 juillet dernier.
(Avec AFP)
latribune.fr