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« Il m’est impossible de me taire » (Agnès Jaoui, réalisatrice et scénariste)

Photo de Charlotte Langrand

Charlotte Langrand

Publié le 21 janvier 2024 à 04:14

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Agnès Jaoui, réalisatrice, scénariste et chanteuse

Agnès Jaoui, réalisatrice, scénariste et chanteuse

© CORENTIN FOHLEN POUR LA TRIBUNE DIMANCHE

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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ENTRETIEN - Réalisatrice, scénariste et chanteuse, Agnès Jaoui revient en tant qu’actrice dans la comédie sociétale « Le Dernier des Juifs ». Entretien avec une artiste engagée et sensible, à la parole libre et rare.

LA TRIBUNE DIMANCHE - Malgré le contexte géopolitique lié au conflit israélo-palestinien, l'équipe du film a décidé de ne pas repousser sa sortie... Avez-vous hésité ?

AGNÈS JAOUI - Nous nous sommes rendu compte que si l'on attendait la fin de l'antisémitisme ou la fin de la guerre, on risquait d'attendre longtemps et qu'au contraire il fallait qu'on puisse parler et ne pas avoir peur. Car la peur s'empare de tous les sujets, c'est un jeu de massacre ! Nous vivons une période ahurissante de folie collective où on traque le moindre mot mal employé, la moindre prise de position, les moindres phrases... Tout est devenu grave, on dramatise tout.

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Avant d'accepter le rôle, vous êtes-vous assurée que vous étiez en phase avec le propos de Noé Debré ?

Bien sûr. En lisant le scénario, je tournais fébrilement les pages en espérant que le film ne tombe pas dans certains travers. Le sujet est très délicat, et quand on est de gauche, on a aussi du mal à parler d'un certain antisémitisme des musulmans, parce qu'on ne veut pas stigmatiser tous les musulmans. Il y avait déjà eu ce problème avec le mouvement Ni putes ni soumises, les filles avaient été accusées par leurs coreligionnaires d'en rajouter dans la détestation des musulmans. Mais pour elles, c'était la double peine. Mais si l'on n'ose plus parler des sujets qui fâchent, c'est l'extrême droite seule qui s'en empare...

Justement, avez-vous eu peur qu'elle récupère le film ?

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Bien sûr. [Ironique.] Surtout depuis que les gens d'extrême droite sont devenus « les grands amis des Juifs » C'est fou, et cela montre l'ignorance de certains Juifs. Il faut continuer à marteler que les Israéliens ne sont pas les Juifs de France, que les Juifs de France ne pensent pas tous pareils, que tous les Israéliens ne sont pas pro-Netanyahou... Et répéter que les islamistes radicaux et les extrémistes religieux juifs font du mal à leurs coreligionnaires. Mais on n'arrive plus à entendre ce discours... C'était important que le film soit non victimaire, non identitaire et désacralisant. Il ne glorifie rien ni personne.

Charlotte Langrand

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