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« Je n’ai jamais eu le sentiment d’être “le Black de service” » (Ahmed Sylla, humoriste)

ENTRETIEN - Humoriste reconnu, l’acteur s’est imposé au cinéma. Dans « Comme un prince », il incarne un champion de boxe contraint de raccrocher les gants.

Propos Recueillis Par Joséphine Simon-Michel

Publié le 14 janvier 2024 à 04:00

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Lundi à Paris.

Lundi à Paris.

© CYRILLE GEORGE JERUSALMI POUR LA TRIBUNE DIMANCHE

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Si la famille du cinéma l'aime tant, c'est certes pour son talent d'acteur mais aussi pour son grand cœur. Ahmed a grandi dans une cité à Nantes, et sans la volonté de ses parents d'offrir le meilleur à leurs trois enfants, sa vie aurait pu prendre un tout autre tournant. Scolarisé dans un collège privé catholique du centre-ville, il s'inscrit aux cours de théâtre pour libérer en lui ce besoin presque vital de s'exprimer. Par le rire, il se sent aimé et exister. Et plus particulièrement aux yeux de son père, décédé en 2017 et qui n'a jamais su lui manifester son amour. Depuis, cette absence paternelle le ronge constamment.

Après avoir fait le show dans les cours de récré, il joue dans la cour des grands depuis une bonne dizaine d'années. De son premier passage télé dans On n'demande qu'à en rire, en 2011, à des premiers rôles au cinéma comme dans L'Ascension et des one-man-shows qui affichent complet, Ahmed Sylla reste un modèle d'empathie et de sincérité.

LA TRIBUNE DIMANCHE - Ahmed, est-ce encore difficile d'être noir aujourd'hui ?

AHMED SYLLA - Je ne l'ai jamais vécu comme un problème, même si, au collège et au lycée, j'étais le seul Noir avec ma petite sœur. Nous habitions dans la cité des Dervallières, dans l'ouest de Nantes, et mes parents se sont battus pour que leurs trois enfants intègrent les meilleures écoles nantaises. Je me suis donc retrouvé à l'externat des Enfants-Nantais, un établissement privé catholique. Le jour de la rentrée des classes, j'ai senti pour la première fois que j'étais différent, que j'allais devoir me battre pour trouver ma place. J'ai réussi dès le premier jour à m'imposer et à me faire des amis.

Vous étiez le rigolo de la classe ?

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Mon arme de défense, c'est l'humour. Le rire a été salvateur pour moi. Alors je suis devenu le mec sympa, celui qui partageait ses Carambar avec tous les copains, même si c'était d'abord, je l'avoue, pour séduire les filles. Même si j'ai peut-être acheté mon amitié, c'était aussi pour susciter l'attention. Pour ce besoin d'exister et de me sentir aimé.

Propos Recueillis Par Joséphine Simon-Michel

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