Depuis quarante ans de carrière, elle traîne cette réputation de « grande gueule », voire d'« emmerdeuse ». À 13 ans, malgré sa folle envie de tourner, elle refuse de se mettre nue devant un réalisateur prédateur lors d'un casting. Un an plus tard, en 1984, Jean-Luc Godard cernera la singularité de cette ado en colère en lui proposant le rôle de la jeune fille sage dans Détective [avec Nathalie Baye et Johnny Halliday]. C'est vrai qu'« on ne la lui fait pas ». Fille unique de deux comédiens, elle a grandi dans un univers bohème, mais avec lucidité et méfiance de l'autre.
Depuis trente ans, la Franco-Américaine partage sa vie entre Los Angeles et Paris, vote aux deux élections présidentielles et mène une carrière d'actrice et de réalisatrice sur les deux continents. Parfois « le cul entre deux chaises », elle le reconnaît, mais cette double vie lui permet de trouver un équilibre en exploitant le meilleur de chaque culture. Actrice dans plus de soixante films, une dizaine en tant que réalisatrice, Julie Delpy a cette faculté de désarmer son interlocuteur par son ambiguïté d'âme spontanée, mais férocement maîtrisée.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Vos parents, si bohèmes, auraient-ils pu aussi accueillir des réfugiés, comme dans votre film ?
Dans l'idée oui, mais certainement pas au début de leur carrière d'artistes, car ils étaient complètement fauchés. Nous vivions à quatre dans 28 mètres carrés. Je dormais juste à côté du lit de ma grand-mère. Un peu comme un chat ! [Rires.] J'ai découvert l'existence de la salle de bains à l'âge de 7 ans, quand ils ont pu louer l'appartement d'à côté. Comme j'ai eu la chance de gagner ma vie très jeune, je suis partie le jour de mes 18 ans pour ne plus être un poids financier pour eux.
À l'adolescence, je suis devenue la terreur des professeurs
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel