Écrire sa vie, le titre du onzième essai de Marianne Chaillan, tombe à point nommé dans cette rentrée littéraire marquée par l'autofiction et le roman familial, secrets fracassants et histoires intimes qui ont fait de ceux qui les ont vécus les écrivains qu'ils sont devenus, de Julia Deck à Thibault de Montaigu.
Un terreau fertile pour la professeure de philosophie, qui voit dans la mise en récit des événements qui ont marqué notre existence la pierre de touche de la liberté, dont elle propose une vision iconoclaste. Inspirée par le professeur Keating du Cercle des poètes disparus, nourrie par les penseurs et dialoguant avec les romans d'hier et d'aujourd'hui, elle nous fait regagner sur un terrain inédit - inventer le roman de nous-même - ce qu'elle semble nous faire perdre sur un autre - notre libre arbitre.
Que pensez-vous de toutes ces façons d'« écrire sa vie » - pour reprendre le titre de votre livre - qui font le sel de cette rentrée littéraire ?
En exergue du Jeune Homme, Annie Ernaux écrit : « Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu'à leur terme, elles ont été seulement vécues. » Les choses nous traversent, explique-t‑elle. Pour qu'elles existent, elles doivent être écrites. Sans cela, on ne comprend pas vraiment sa propre vie. Ces auteurs de l'intime, en se racontant, s'approprient leur existence. La vertu sublime d'un roman autobiographique ou d'une autofiction est de subsumer un ensemble de faits, d'émotions, d'événements que l'auteur reconnaît avoir vécus sans les avoir choisis et qui pourtant dessinent sa vie. Il en devient l'auteur non au sens où il en aurait décidé le contenu, mais au sens où il en produit le récit.