Audrée Wilhelmy « ne déteste pas les hommes »

Anna Cabana
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Audrée Wilhelmy présente son nouvel ouvrage « PEAU-DE-SANG », aux éditions Tripode.
LTD/DR

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Au début, on s'est perdue. Cette disparition des majuscules, comme pour signifier que les phrases ont commencé dans la nuit des temps ; cette absence de point, parce qu'il ne saurait y avoir de fin, jamais ; cette écriture rythmée par des tirets licencieux, dont la prolifération sur la page laisse imaginer qu'ils se multiplient au contact les uns des autres : tant de codes formels brisés qu'on est obligé, faute de repères, soit de renoncer soit d'accorder sa confiance à la déstructuratrice en chef, Audrée Wilhelmy.
Quand la question s'est posée, c'est l'incantation qui nous a prise par la main et emportée. Loin, très loin. Sur le chemin de la liberté. Dit comme ça, c'est grandiloquent, hein ? Le roman - où le mot liberté ne figure pas une fois - ne l'est pas le moins du monde, c'est même tout le contraire, et c'est ça qui est renversant. Ce livre initiatique, qui avance merveilleusement masqué, se présente comme un conte social et sensuel.
C'est l'histoire d'une femme sans nom, sans prénom, sans âge, sans apparence physique définie, on sait juste qu'elle est désirable et qu'elle n'a pas peur, qu'elle tient une plumerie dans l'arrière-rue du quartier des pauvres de la ville de Kangoq et que les mères lui envoient leurs filles pour qu'elle leur apprenne tout ce qu'elles ne savent pas : se fabriquer un trousseau, « ensauvager le corps, libérer les entraves
- les entrailles »
Pour que « leurs filles soient éduquées aux hommes
- sans les hommes »
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Ces derniers, « atteints d'une même bandaison », se tiennent derrière la vitrine couverte de buée de la plumerie quand, après qu'elle a passé la journée dans le sang des oies par elle éviscérées, vient l'heure du bain de la plumeuse aux dessous immaculés sous ses guenilles de bouchère. Le spectacle est gratuit.
Anna Cabana