Rentrée littéraire : les fêlures de « L'Admiration »
Aurélie Marcireau
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Sur le bandeau du livre, une cassette brandie par l'auteur. De celles qu'on glissait dans un magnétophone ou qu'on rembobinait avec le bout d'un crayon de bois petites nostalgies de quadragénaires et plus. Mais le roman de Florent Marchet n'est pas générationnel. Et les héros de L'Admiration sont tout sauf admirables : acharnés, cyniques, envieux, dans leur époque ou complètement à côté. Voici en effet un roman sur les fragilités de la vie d'artiste et ce que l'on est prêt à faire pour « réussir » dans le monde du spectacle.
L'histoire commence à la fin des années 1980. Marchet explore, sur vingt ans, le lien fusionnel, qui deviendra toxique, entre Nadia Viper, une jeune star de l'humour qui passe chez Drucker mais qui va connaître la déchéance, elle tentera de revenir, toujours, persuadée même quand elle touche le fond qu'un jour elle « fera l'Olympia », et Bastien, son plus grand fan, rencontré dans sa petite ville de province, loin des paillettes, qui écoute sans relâche une cassette du spectacle de Nadia en nourrissant le désir de devenir lui aussi artiste. Florent Marchet nous interroge et nous touche: quel est le prix à payer pour plaire au public ? Au producteur ? Pouvoir encore se regarder dans la glace ?
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En toile de fond de cette réflexion sur l'engagement artistique et sa précarité : le milieu du divertissement d'avant les influenceurs quand, à l'instar de Bastien, les apprentis stars voulaient rencontrer des « animateurs télé ». L'auteur raconte l'arrivée du Jamel Comedy Club, celle de YouTube, les psys et le « dessinateur de chat » qui deviennent chroniqueurs et remplacent les humoristes, et la quête sans fin du prochain talent. Les autres ? Au rebut, s'ils ne rapportent plus. « Combien de Coluche sacrifiés sur l'autel de la malédiction, de la déveine ? » questionne Marchet. L'admiration a son revers. On retiendra que « les rêves sont les meilleurs souvenirs des losers ».
Aurélie Marcireau