Sophie Calle-Pablo Picasso : la séparation
Par Daniel Schick
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L’artiste au musée Picasso le 3 octobre, premier jour de son exposition.
Yves Géant
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L’artiste au musée Picasso le 3 octobre, premier jour de son exposition.
Yves Géant
Sophie ne cale jamais. De sa vie naît son œuvre. Calle n'est donc jamais en panne d'inspiration. Pour son exposition, Sophie Calle a intelligemment planqué les œuvres du géant Picasso afin de ne pas être écrasée par lui. Calle a recouvert quelques œuvres du maître, faisant de Picasso un homme voilé. Elle a voilé le maître pour dévoiler sa vie. Certains ont considéré que Sophie avait chassé Pablo de chez lui mais le public est venu en nombre. Sophie Calle est une star planétaire qui ne parle que d'elle, c'est-à-dire que de nous. Les amours défuntes, le temps qui passe, la séparation, l'absence, la disparition, le sens de la vie qui fout le camp parfois, Sophie Calle sublime, transforme les choses de nos vies. Dans quelques heures, l'artiste remballe la sienne. Tout ce qui est exposé va disparaître. Elle le sait, mais savoir ne console pas pour autant.
Tic-tac, dans quelques heures, Sophie Calle ne pénétrera plus dans « [s]on bureau », une salle aménagée dans le musée Picasso. À l'intérieur, des dossiers, des valises avec des centaines de lettres de visiteurs de son exposition et le coin de table où elle a décidé que nous nous assiérons et du moment où nous nous parlerons. C'est-à-dire au plus vite. Calle décide de tout.
Après une telle implication pour une exposition si dense, que faire demain ? Elle le dit franchement avec humour. « Il faut s'attendre à une dépression même si ce n'est pas ma nature. En tout cas, ce sera le vide, parce que cela fait trois ans que je vis pour et dans cette exposition. »
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Sophie Calle pense-t-elle déjà à faire quelque chose de l'expérience vécue au musée Picasso ? Elle n'en sait rien. Difficile à croire tant l'artiste transforme tout ce qu'elle vit. Elle dit qu'elle ne sait pas ou ne veut pas dire. Calle ne dit et ne fait que ce qu'elle veut. Elle est dans la tentative de maîtrise de tout, tout en sachant que personne ne maîtrise tout. Sophie Calle maîtrise les jeux dans lesquels elle s'investit, ceux qu'elle propose aux passants, aux spectateurs, mais au jeu des questions-réponses, elle ne joue pas.
Par Daniel Schick