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Tesla se prépare aux premiers procès sur des accidents mortels lié à l'Autopilot

reuters.com

Publié le 28 août 2023 à 12:33 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 18:42

Des vehicules tesla model 3 en vente sur le site de tesla a fremont, en californie

Des véhicules Tesla Model 3 en vente sur le site de Tesla à Fremont, en Californie

CARLOS BARRIA

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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SAN FRANCISCO (Reuters) - Tesla Inc s'apprête à répondre pour la première fois devant la justice aux allégations selon lesquelles la défaillance de sa fonction d'aide à la conduite Autopilot a provoqué des accidents mortels, lors de deux procès qui mettront à l'épreuve les affirmations du PDG du constructeur, Elon Musk, au sujet de cette technologie.

La conduite autonome est un élément essentiel pour l'avenir financier de Tesla, selon Elon Musk, dont la réputation en tant que leader en matière d'ingénierie est mise à mal par ces plaintes. À l'inverse, une issue positive pour l'entreprise pourrait lui permettre d'améliorer la confiance et les ventes de son logiciel, qui coûte jusqu'à 15.000 dollars (13.866,10 euros) par véhicule.

Un premier procès est prévu pour la mi-septembre devant un tribunal californien. Il s'agit d'une action civile qui cherche à faire valoir que le système Autopilot a fait dévier soudainement la Model 3 de son propriétaire Micah Lee qui circulait à plus de 100 km/h sur une autoroute à l'est de Los Angeles, avant d'heurter un palmier et de s'enflammer, le tout en l'espace de quelques secondes.

L'accident qui s'est produit en 2019, et qui n'était jusqu'alors pas connu du grand public, a provoqué la mort de Michah Lee et de graves blessures pour les deux passagers, dont un enfant de huit ans qui a été éventré.

Les deux passagers et la succession de la personne décédée accusent Tesla d'avoir été au courant des défaillances de l'Autopilot et d'autres fonctionnalités sécuritaires au moment de la vente du véhicule.

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MUSK, 'DIRECTEUR DE FAIT' DE L'ÉQUIPE AUTOPILOT

Un second procès est prévu pour début octobre devant un tribunal de Floride. Il fait suite à un accident survenu en 2019 au nord de Miami, au cours duquel une Model 3 est passée sous la remorque d'un gros camion de 18 roues qui s'était engagé sur la route, cisaillant le toit et tuant son propriétaire Stephen Banner.

L'Autopilot n'a ni freiné, ni dirigé, ni fait quoi que ce soit pour que le véhicule évite la collision, selon la plainte déposée par l'épouse de Banner.

Tesla assure ne pas être responsable de ces deux accidents et estime qu'il s'agit d'erreurs des conducteurs, assurant que la fonction Autopilot est sécurisée lorsqu'elle est utilisée sous supervision humaine.

Dans des documents transmis à la cour, l'entreprise explique que les chauffeurs doivent faire attention à la route et garder leurs mains sur le volant. "Il n'y a pas de voitures autonomes sur les routes aujourd'hui", a-t-elle déclaré.

Les procès au civil devraient révéler de nouvelles preuves sur ce qu'Elon Musk et d'autres responsables de l'entreprise savaient sur les capacités d'Autopilot. Les avocats de Banner ont estimé, dans des documents envoyés avant le procès, que des courriels internes montrent qu'Elon Musk est le "dirigeant de fait" de l'équipe Autopilot.

Ni Tesla, ni Musk n'ont répondu aux question envoyées par Reuters, mais le fondateur de la société n'a jamais caché sa participation dans le développement du logiciel de conduite autonome, a régulièrement publié sur X (ex-Twitter) ses essais à bord d'une Tesla équipée du logiciel "Full Self-Driving" et promis pendant des années que Tesla se doterait d'une capacité de conduite autonome, sans remplir ses propres objectifs.

Tesla a remporté un premier procès à Los Angeles en avril sur la base d'une stratégie affirmant que les conducteurs sont informés que sa technologie nécessite une surveillance humaine, malgré les appellations "Autopilot" et "Full Self-Driving". L'accident faisait suite à une sortie de route d'une Model S qui avait blessé le conducteur.

Les jurés ont déclaré à Reuters après le verdict qu'ils pensaient que Tesla avait prévenu les conducteurs de l'existence de son système et que la distraction du conducteur était à l'origine de l'accident.

ENJEUX ÉLEVÉS POUR TESLA

Pour Tesla, les enjeux sont bien plus importants cette fois-ci. Les procès de septembre et octobre sont les premiers d'une série à venir dans les prochains mois concernant des accidents mortels.

"Si Tesla remporte de nombreuses victoires dans ces affaires, je pense qu'elle obtiendra des accords plus favorables dans d'autres affaires", a déclaré Matthew Wansley, ancien directeur juridique de nuTonomy, une startup spécialisée dans la conduite autonome, et professeur agrégé de droit à la Cardozo School of Law.

Inversement, si Tesla était condamné à verser d'importants dédommagements, cela pourrait avoir de lourdes conséquences pour l'entreprise, a déclaré Bryant Walker Smith, professeur de droit à l'université de Caroline du Sud.

Dans des documents transmis à la cour, l'entreprise avance que Micah Lee avait bu avant de prendre le volant et qu'il n'est pas établi que l'Autopilot était activé au moment de l'accident.

Jonathan Michaels, l'un des avocats des plaignants, n'a pas souhaité commenter les arguments de Tesla, mais a déclaré être "pleinement conscient des fausses affirmations de Tesla, y compris leurs tentatives honteuses de blâmer les victimes pour leur système de pilotage automatique défectueux connu".

Dans l'affaire de Floride, les avocats de Banner ont demandé également le paiement de dommages-intérêts. Les avocats ont interrogé sous serment plusieurs cadres de Tesla et reçu des documents internes de l'entreprise qui, selon eux, montrent qu'Elon Musk et les ingénieurs étaient conscients des défaillances et n'y ont pas remédié.

Lors d'une déposition, l'ancien cadre Christopher Moore a déclaré que l'Autopilot avait des limites et qu'il "n'était pas conçu pour détecter tous les dangers possibles, tous les obstacles possibles ou tous les véhicules qui pourraient se trouver sur la route", selon une retranscription de la déposition consultée par Reuters.

En 2016, quelques mois après un accident mortel au cours duquel une Tesla s'est écrasée contre un camion à semi-remorque, le PDG du groupe avait expliqué que le constructeur automobile mettait à jour l'Autopilot avec une amélioration des détecteurs qui aurait pu prévenir l'accident.

Mais selon Adam Gustafsson, un ingénieur des systèmes Autopilot de Tesla qui a enquêté sur les deux accidents en Floride, presqu'aucune modification n'a été apportée entre 2016 et la mort de Stephen Banner, peut-on lire dans des documents transmis au tribunal.

Les avocats tentent d'imputer ce manque de changement à Elon Musk, assurant que ce dernier avait reconnu des défaillances.

L'ancien ingénieur Autopilot Richard Baverstock, qui a également été auditionné, a déclaré que "presque tout" ce qu'il a fait chez Tesla a été fait à la demande d'"Elon", selon les documents.

Tesla a déposé une requête d'urgence devant le tribunal mercredi en fin de journée pour demander à ce que les transcriptions des dépositions de ses employés et d'autres documents restent secrets. L'avocat de Banner, Lake "Trey" Lytal III, a déclaré qu'il s'opposerait à cette requête.

"Ce qu'il y a de bien dans notre système judiciaire, c'est que les entreprises milliardaires ne peuvent pas garder le secret très longtemps", a-t-il écrit dans un SMS.

(Reportage Dan Levine et Hyunjoo Jin à San Francisco, version française Victor Goury-Laffont, édité par Blandine Hénault)

reuters.com

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