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Accusé de corruption, Netanyahu assure rester aux commandes

reuters.com  |   |  810  mots
Vise par une enquete, netanyahu assure rester aux commandes[reuters.com]
(Crédits : Ronen Zvulun)

par Maayan Lubell

JÉRUSALEM (Reuters) - Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a souligné mercredi la cohésion de son gouvernement qui, a-t-il dit, tient fermement les commandes du pays en dépit des accusations de corruption pesant sur sa personne.

La police israélienne a recommandé mardi au parquet d'inculper Benjamin Netanyahu pour corruption dans deux dossiers, disant disposer d'éléments suffisamment probants.

Le chef du gouvernement, âgé de 68 ans, a immédiatement rejeté des accusations "sans fondement", s'engageant à continuer à diriger le pays "avec loyauté et responsabilité" tant qu'il en aura la charge.

Lors d'une réunion mercredi à Tel Aviv, il s'est de nouveau adressé à la nation pour dire qu'il entendait exercer son mandat jusqu'à son terme.

"Personne, ni moi ni quiconque, n'envisage d'organiser des élections", a-t-il déclaré, ajoutant que le dossier de la police était "comme un fromage suisse, plein de trous".

"Nous continuerons à travailler (...) pour le bien des citoyens d'Israël jusqu'à la fin du mandat" en novembre 2019, a-t-il promis.

Les partis de la coalition gouvernementale ont fait savoir qu'ils restaient au côté du Premier ministre, dans l'attente de la décision du procureur général de l'inculper ou pas - décision qui pourrait prendre plusieurs mois.

Les marchés israéliens étaient à la hausse mercredi, signe que les milieux économiques et financiers ne s'inquiètent pas.

COHÉSION GOUVERNEMENTALE

Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, qui dirige le parti ultra-nationaliste Yisrael Beitenu, a déclaré qu'il resterait à son poste dans l'attente de la décision du procureur général.

"Vraiment, en ce moment, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Il n'y a pas de place pour les manoeuvres politiques ou d'autres considérations", a-t-il dit lors de la réunion à Tel Aviv.

Le ministre de l'Education, Naftali Bennett, numéro un du parti d'extrême droite Foyer juif, a également précisé qu'il attendait la décision du procureur. "Pour ce qui est de la question morale, les gens se décideront le jour des élections", a-t-il déclaré.

Son collègue des Finances, Moshe Kahlon, chef du parti centriste Kulanu, a décidé de faire de même.

Avraham Diskin, professeur de sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem, explique qu'aucun des partenaires de Netanyahu au sein de la coalition gouvernementale n'a intérêt à provoquer une crise. "Je ne vois vraiment pas un éclatement de la coalition dans un avenir prévisible", a-t-il dit à Reuters.

Comme si de rien n'était, Benjamin Netanyahu se rendra à la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, qui s'ouvre vendredi.

Le Premier ministre est soupçonné de fraude, d'abus de confiance et de corruption pour avoir accepté des pots-de-vin.

Dans l'une des deux affaires qui le visent, "l'affaire 1000", il aurait reçu des cadeaux de la part de personnalités comme le milliardaire australien James Packer et le producteur de cinéma israélien Arnon Milchan.

CIGARES ET CHAMPAGNE

Le montant des cadeaux reçus entre 2007 et 2016 - cigares, champagne, bijoux notamment - serait d'environ un million de shekels (230.000 euros), selon la police.

Mardi soir, un avocat d'Arnon Milchan a affirmé sur la chaîne de télévision Channel 10 que des cadeaux avaient été faits de manière désintéressée par son client, en signe d'amitié et sans aucune contrepartie.

Dans un courriel, un porte-parole de James Packer a souligné que ce dernier n'avait rien à se reprocher et avait été entendu comme témoin, non comme suspect.

Le deuxième dossier, "l'affaire 2000", concerne les relations entre Benjamin Netanyahu et le propriétaire du journal Yedioth Ahronot, Arnon Mozes. Les deux hommes sont soupçonnés de s'être entendus pour freiner la croissance d'un quotidien rival, Israel Hayom. Pour la police, il y a lieu de penser que Mozes a offert un pot-de-vin au Premier ministre en échange de son aide.

Les avocats de Mozes, Navit Negev et Iris Niv-Sabag, ont affirmé que leur client n'avait commis aucun crime et se sont dits confiants dans la décision de la justice.

Pour le quotidien Haaretz, Benjamin Netanyahu se trouve désormais dans une position difficile. "Ce n'est peut-être pas la fin mais c'est le commencement de la fin", écrit l'éditorialiste Yossi Verter.

La moitié des électeurs israéliens croit aux accusations de la police et souhaite que Netanyahu soit condamné pour corruption, montre un sondage dévoilé mercredi par la chaîne de télévision privée Reshet.

Netanyahu a commis une infraction selon 49% des personnes interrogées, quand 25% d'entre elles disent croire en son innocence.

Cependant, 49% des sondés estiment que le Premier ministre doit rester en fonction, tandis que 43% d'entre eux pensent qu'il devrait lui-même se retirer.

(Avec Ari Rabinovitch et Dan Williams; Gilles Trequesser et Guy Kerivel pour le service français)