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MIDTERMS: Un scrutin hors normes dans un pays profondément divisé

reuters.com

Publié le 02 novembre 2018 à 09:18 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:21

Midterms: un scrutin hors normes dans un pays profondement divise

Midterms: un scrutin hors normes dans un pays profondement divise

Mike Segar

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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WASHINGTON (Reuters) - Les Américains se rendent aux urnes mardi pour des élections de mi-mandat hors normes qui ont divisé les Etats-Unis comme rarement dans leur histoire récente sous l'influence de Donald Trump qui entendait transformer ce scrutin en un référendum sur sa personne avant l'échéance présidentielle de 2020.

Les enquêtes d'opinion s'accordent sur un point, celui d'un Congrès divisé dans lequel les démocrates reprendraient la majorité à la Chambre des représentants et les républicains conserveraient leur position dominante au Sénat.

Malgré cette tendance forte, l'élection inattendue de Donald Trump en novembre 2016 incite nombre d'observateurs à la prudence tant certaines circonscriptions sont disputées notamment dans les Etats que le candidat républicain a conquis il y a deux ans.

La seule certitude est que la participation à ces élections, d'ordinaire peu attractives, devrait être élevée, chaque camp ayant réussi à mobiliser ses partisans au point de provoquer une polarisation de l'électorat qui confine au tribalisme.

Démocrates et républicains ne sont désormais d'accord sur rien et ce sont deux visions du monde qui s'affrontent suivant des clivages entretenus et exacerbés par Donald Trump lui-même qui a employé la même stratégie qu'en 2016.

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La bonne santé de l'économie américaine, qui connaît une situation de plein-emploi et une croissance qui pourrait dépasser 3% cette année, n'a pas été jugée comme un thème suffisamment fédérateur pour endiguer ce qui, un temps, a pu apparaître comme une vague bleue démocrate en réaction au style Trump.

Descendant dans l'arène avec un art consommé de la provocation et du conflit, l'homme d'affaires a électrisé ses partisans en reprenant les deux sujets favoris de ses partisans : la dénonciation de l'immigration comme menace de la position dominante des Blancs et la critique des élites représentées par une presse qu'il qualifie de mensongère et partisane.

SYNTHÈSE DES DEUX COMPOSANTES CONSERVATRICES

Un cortège de migrants partis du Honduras pour fuir la misère et la criminalité est venu apporter de l'eau à son moulin et le président a exploité cet événement, annonçant l'envoi de renforts armés sur la frontière avec le Mexique.

La confirmation à la Cour suprême du juge conservateur Brett Kavanaugh, accusé d'abus sexuels lorsqu'il était lycéen, a provoqué un réveil de l'électorat évangélique, attaché aux questions liées à la famille et à la religion.

Ces deux temps forts ont permis de réussir la synthèse des deux composantes de la base électorale républicaine : les Blancs des zones rurales ou exo-urbaines qui s'estiment déclassés et méprisés et les religieux qui représentent un tiers des partisans du GOP.

A une semaine du scrutin, Donald Trump est venu ajouter un troisième temps en annonçant qu'il pouvait abolir par décret le 14e amendement de la Constitution qui régit l'octroi de la nationalité américaine aux personnes nées aux Etats-Unis, suivant la règle du droit du sol.

Sur ce terrain, le discours des républicains est plus mobilisateur que celui des démocrates qui ne parviennent pas à dégager une position commune concernant la question migratoire et tentent d'éviter le sujet autant qu'ils le peuvent.

De même, la coalition des minorités et des jeunes que Barack Obama était parvenu à rassembler en 2012 semble impossible à recréer dans ce contexte et sera un des enjeux majeurs des deux prochaines années dans la perspective de la présidentielle.

Les démocrates ont surtout fait campagne sur les dispositions avantageuses de l'Obamacare, et notamment l'obligation d'assurance pour les personnes déjà malades, qui trouvent désormais un écho favorable dans l'opinion publique et que les républicains entendent supprimer.

LES CACIQUES DÉMOCRATES CONTRÔLENT LE PARTI

L'ancien président démocrate est sorti de la réserve qu'il observait depuis son départ de la Maison blanche et est venu faire campagne pour son parti, appelant avant tout les Américains à voter pour ce qu'il a qualifié d'élections les plus importantes de leur vie.

Qu'Obama reste la figure de proue des démocrates signifie que le parti, dont les rênes sont toujours tenues par un groupe de septuagénaires, ne parvient pas à renouveler son personnel dirigeant et n'a pas fait émerger une génération de quadras ou de quinquas capable de porter le fer présidentiel.

Les élections de mi-mandat sont le moment propice à l'apparition de nouvelles figures et cela a été le cas avec des femmes comme Stacey Abrams, Afro-Américaine candidate au poste de gouverneur en Géorgie, Kamala Harris, sénatrice féministe de Californie ou encore Alexandria Ocasio-Cortez, proche de Bernie Sanders, qui se présente dans le Bronx.

De nouvelles figures masculines comme Andrew Gillum, candidat au poste de gouverneur en Floride, et Cory Booker, sénateur du New Jersey sont venues confirmer ce rajeunissement.

Mais aucune de ces personnalités ne semblent en mesure de porter les couleurs démocrates dans deux ans, les caciques comme Joe Biden, Nancy Pelosi, Elizabeth Warren et Hillary Clinton conservant la main-mise sur les décisions stratégiques et l'agenda électoral.

Le fossé qui s'est fortement creusé entre démocrates et républicains se double désormais d'un "gender gap", une différence de coloration politique entre les hommes et les femmes, ceux-ci étant plus enclins à soutenir les républicains et celles-là à rejoindre les rangs démocrates.

Selon une récente enquête de la Schar School pour le Washington Post, cette tendance est la plus marquée chez les femmes blanches possédant un diplôme de l'enseignement supérieur qui, selon les analystes, pourraient être le segment électoral déterminant de ces midterms.

La cote de popularité de Donald Trump n'a cessé de chuter parmi ces électrices alors que les hommes blancs sans diplôme conservaient une fidélité forte à l'égard du président américain.

Cette accentuation du rôle des femmes sur la scène électorale se retrouve dans le nombre record de 256 candidates briguant des mandats à la Chambre des représentants ou au Sénat et de 16 pour les postes de gouverneurs dont 36 sur 50 sont renouvelés cette année.

LA "RUST BELT" RESTE ESSENTIELLE

Si plusieurs face à face dans le sud, en particulier celui entre le sénateur Ted Cruz et le démocrate Beto O'Rourke au Texas, vont retenir l'attention, c'est du côté de la "Rust Belt" que les enjeux seront à nouveau déterminants après l'effondrement du "mur bleu" en 2016 composé par l'Ohio, le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan.

Ces Etats, en raison de leur poids dans le collège électoral, sont jugés stratégiques par les démocrates car ce sont eux qui ont scellé la victoire de Donald Trump et ce sont eux qu'il leur faudra détenir pour avoir une chance en 2020.

Signe du caractère exceptionnel de ces élections, les sommes mobilisées par les deux partis pour mener campagne dans un scrutin qui demeure extrêmement indécis ont battu des records tant chez les démocrates qu'au GOP.

Ces élections de mi-mandat vont ouvrir une période de deux ans au cours de laquelle, en cas de victoire démocrate à la Chambre des représentants, se posera la question de la destitution ou non du président américain.

Selon la géographie partisane du Congrès, Donald Trump peut s'attendre soit à une accélération de sa politique actuelle, si les républicains restent majoritaires, soit à une intensification des enquêtes sur les affaires dans lesquelles apparaissent certains de ses proches ou d'ancien conseillers.

De toutes ces affaires, la plus gênante politiquement est celle confiée au procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur une éventuelle collusion de la campagne Trump avec la Russie.

Mais il sait déjà que certains démocrates sont prêts à croiser le fer avec lui sans pour autant tomber dans le piège de l'impeachment.

(Pierre Sérisier pour le service français)

reuters.com

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