Rentrée économique sous le signe de la réflexion : « Sobriété, ingéniosité : se réinventer avec moins ». C’était l’une des questions posées par le Medef Hérault Montpellier qui organisait sa #REF ce 12 septembre. L’entreprise peut-elle incarner la frugalité ? L’inscrire dans son plan de marche ? Les dirigeants peuvent-ils repenser leur vision et leurs valeurs pour, à terme, faire évoluer leur business-modèle vers davantage de frugalité ? Eléments de réponse.L'exercice est compliqué. Dans un monde de l'entrepreneuriat où la croissance est généralement reine, la notion de frugalité vient gratter, déranger, interroger. Surtout quand le contexte politique et économique chamboulé génère inquiétude et tentation de l'immobilisme... Le Medef Hérault Montpellier a pourtant mis les pieds dans le plat le 12 septembre, lors de la 3e édition de sa #REF, en posant cette question légitime à l'heure du changement climatique : « Sobriété, ingéniosité : se réinventer avec moins ».
Au cœur du débat, un mot clé : la frugalité. Comme le rappelle l'économiste Aurélie Piet, enseignante-chercheuse notamment auprès de l'école nationale supérieure d'Arts et Métiers et membre de la communauté de l'Institut des Futurs souhaitables, « du point de vue économique, cette notion arrive avec la remise en question du modèle d'hyper consommation, et il n'y pas encore de consensus : ça peut aller de la croissance verte jusqu'à la décroissance ».
« On parle de frugalité aujourd'hui car on prend conscience des dégâts du modèle productiviste : en un siècle, 50% des forêts ont disparu, on parle de la 6e extinction de masse de la biodiversité, et six des neuf limites planétaires qu'il ne fallait pas dépasser si on voulait maintenir le climat encore viable pour l'Humanité ont été dépassées... On est dansune économie extractrice et dégénérative,qui met notre survie en danger. Ilfaut donc penser la croissance différemment, ce qui peut effrayer les chefs d'entreprise. »
Incarnation
Frédéric Dabi, analyste politique et directeur général de l'IFOP, qui publie « Parlons-nous tous la même langue? Comment les imaginaires transforment la France »*, souligne que tout le monde ne met pas la même chose derrière la notion de frugalité.
« Dans nos enquêtes sur le sujet, il y a une vraie ambivalence sur la notion de frugalité et de sobriété,développe-t-il.On observe des réactions de mise à distance de cette notion. D'abord avec un discours sur la "tromperie" : les Français entendent le discours des politiques publiques qui les incitent à moins voyager, à réduire leur empreinte sur l'environnement, etc., et parallèlement, ils soulignent qu'on ne limite pas les importations depuis l'autre bout du monde ! Ils pointent aussi un monde où la publicité est omniprésente avec un marketing ciblé et de l'obsolescence programmée. Enfin, comment un discours sur la sobriété peut-il être audible dans un contexte de tension sur le pouvoir d'achat, quand 47% des Français disent avoir moins de 10 euros sur leur compte en banque le 10 du mois ? Mais il y a aussi des catégories de la population, comme les plus jeunes, où cette posture est bien intégrée et pour qui la frugalité, c'est consommer moins mais mieux. Mais ça n'a jamais été perçu comme une remise en cause de l'économie de marché mais plutôt comme un choix de vie qui colle bien à la montée de l'individualisme... »