Réputé pour ses vertus, sa composition naturelle et ses savoir-faire, le savon de Marseille rencontre un grand succès en Asie où les consommateurs s'avèrent plus enclins que leurs homologues français à distinguer le vrai du faux. De sorte que le continent constitue un débouché incontournable pour les savonniers provençaux.Autour du Vieux Port, nombreuses sont les boutiques à promettre aux passants une large gamme de savons de Marseille, incluant pléthores de couleurs et parfums. En réalité, 90% des savons présentés comme tels sur le marché ne méritent réellement cette mention. « Beaucoup d'entreprises, françaises, importent du savon et se contentent de tamponner Savon de Marseille dessus », indique Julie Bousquet-Fabre, codirigeante de la savonnerie Marius Fabre installée à Salon-de-Provence qui fait partie de l'Union professionnelle des professionnels du Savon de Marseille (UPSM).
Une union qui comprend quatre entreprises (Prodef, Le Sérail, Le Fer à Cheval, Marius Fabre, NDLR) s'engageant à fabriquer, en Provence, l'authentique version de ce produit, dont près de 30% du chiffre d'affaires est réalisé à l'export. Respecter l'authentique recette implique de n'utiliser que quatre ingrédients (au moins 72% d'huiles végétales, de la soude, de l'eau et du sel) et de réaliser les cinq étapes de fabrication à commencer par la saponification au cours de laquelle lessive de soude et corps gras d'origine végétale sont mélangés et chauffés dans un chaudron. Se transformant peu à peu en savon.
Un public avisé
Si beaucoup ignorent ces spécificités en France, y compris dans la Cité phocéenne, le public international, asiatique en particulier, est souvent bien plus avisé. « C'est un produit un peu plus cher pour eux alors ils se renseignent davantage sur la fabrication, l'origine des ingrédients, les certifications obtenues... », relève Pierre Buillas, directeur export au sein du groupe Prodef qui produit notamment les savons de la marque Corvette.
Une marque pour qui l'Asie représente un débouché significatif. L'entreprise y réalise 23 % de ses ventes de savons Corvette et 70% de son chiffre d'affaires export.
Des positionnements bien distincts
L'Asie est aussi un débouché stratégique pour les savonneries Marius Fabre et Fer à Cheval. Chez la première, « ce sont des distributeurs japonais qui sont venus nous chercher à la fin des années 1980-1990. Ils étaient bien au fait des vertus de ce savon utilisé depuis le Moyen Âge ». Vertus particulièrement adaptées à la tendance hypersensible des peaux dans ce pays. « Puis nous nous sommes déployés en Asie du Sud-Est, dans les pays européens limitrophes ou encore en Amérique du Nord. La clé, ce sont des partenariats de confiance. Nos distributeurs nous sont fidèles et sont tous venus voir la fabrication. Ils savent parler de nos produits et sont souvent plus forts que nous-mêmes pour les mettre en avant, au travers d'un emballage extrêmement bien soigné, de supers stands... Au Japon, le Savon de Marseille bénéficie d'un positionnement très haut-de-gamme ».