L’annonce par le gouvernement d’une réduction du tarif d’achat de l’électricité produite par les ombrières, hangars et toitures mobilise les acteurs du solaire, inquiets des conséquences sur les projets concernés et le devenir de certaines PME.Il n'est certes pas de la même ampleur que le moratoire de 2010. Cependant, le projet d'arrêté qui cible la baisse du tarif d'achat pour l'énergie solaire produite par les panneaux installés sur les toits et les ombrières inquiète la filière.
Annoncé mi-février, il concerne les projets situés sur le segment 100-500 kilowatts-crête (kWc) et il est motivé par le souhait de l'État de concentrer ses efforts, y compris financiers, sur l'autoconsommation des particuliers tout en encourageant le recours à des panneaux d'origine européenne, ce dès 2026, en soutenant notamment ceux de HoloSolis et de Carbon. Concrètement, le tarif, jusqu'alors de 105 euros le mégawattheure, passerait à 95 euros le mégawattheure, sachant qu'une première baisse a été actée l'année dernière, le tarif étant début 2024 de 132 euros le MWh.
Réduire la voilure... et l'engagement de l'Etat
Une décision que suit de près André Joffre. Pionnier de l'énergie photovoltaïque, le président du pôle de compétitivité Derbi, installé en Occitanie et dédié aux énergies renouvelables appliquées au bâtiment et à l'industrie, analyse les contours de ces arbitrages qui semblent aller dans le sens contraire de la dynamique qui entoure les énergies renouvelables. « Le gouvernement veut réduire la voilure sur le solaire : alors que le marché s'était emballé en 2024, avec 5 GW supplémentaires installés en solaire [grandes et petites centrales confondues, NDLR], il souhaite passer à 4 GW par an, avec comme horizon 2035, 65 GW installés plutôt que 100 GW. L'État veut faire des économies tout en étant bien conscient de l'importance des installations de solaire en toitures de 100 à 500 kWc qui sont concernées par la baisse de tarif envisagée. Car cela aurait des conséquences sur le monde agricole et sur les entreprises d'installation. Dès qu'on touche à de petits équilibres, le danger est réel que tout capote. »
Laurence Bottero, Emma Rodot et Cécile Chaigneau