Bio : face à la baisse de la demande, les producteurs du Sud tentent de résister
Maëva Gardet-Pizzo
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Après avoir atteint son pic en 2020, la consommation de produits bio n'a cessé de dégringoler jusqu'en 2023 où elle finit par se stabiliser. Depuis, elle affiche une croissance nulle et ne pèse que 5,6 % des achats alimentaires, d'après l'Agence Bio.
Dans le détail, si la consommation est repartie à la hausse dans les magasins spécialisés (+2,2%) et poursuit sa croissance en vente directe (+8,7%), elle continue a contrario de décroître dans la grande distribution (-3,8%), cette dernière représentant pourtant 51% des achats de produits alimentaires bio.
« Dans la grande distribution, on distingue deux pôles, détaille Jean Verdier, président de l'Agence bio. On constate que les marques 100% bio comme Bjork ou Sojasun sont en hausse. En revanche, au global, on assiste à une baisse du chiffre d'affaires ». En cause notamment, les déréférencements de produits bio opérés par la grande distribution.
Côté offre, les effets de la baisse de consommation commencent à se ressentir. Pour la première fois, les surfaces engagées en bio sont en baisse (-1,9%). « Des dizaines de milliers d'hectares ont retrouvé des engrais chimiques, des pesticides, déplore Philippe Camburet, président de la Fédération nationale de l'agriculture biologique. En 2024, on a commencé à voir des coopératives obligées de fermer, de se réorienter, avec des licenciements...» Un constat que partage Sylvie Colas, secrétaire nationale de la Confédération paysanne et agricultrice dans le Gers : « Certains ont mis toutes leurs cultures en luzerne le temps que la crise passe. On voit aussi certaines personnes qui s'étaient converties en bio par opportunisme et qui reviennent en arrière ».
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Si le manque de débouchés est évidemment un facteur de déconversion, les acteurs du bio regrettent aussi un manque de soutien des politiques publiques vis-à-vis de l'agriculture biologique. Et une Politique agricole commune qui, en France, a abandonné les aides au maintien, ne soutenant plus que les conversions. « Sans aides au maintien, les agriculteurs bio se retrouvent sans amortisseur lorsque le marché se retourne », assure Philippe Camburet qui demande à ce que les aides à la conversion non utilisées soient orientées pour soutenir le maintien en bio, plutôt que de tomber dans un pot commun qui profiterait aussi aux cultures dites à « haute valeur environnementale », un label décrié pour la légèreté de ses exigences environnementales. « L'enveloppe pour les conversions, c'est 340 millions d'euros par an. Mais seulement quelques dizaines de millions sont utilisées. Il nous faut un système qui répartisse mieux l'argent sur l'ensemble des fermes bio ». Et qui, au lieu d'être attribué au prorata des surfaces - plus importantes dans l'agriculture conventionnelle- privilégie l'emploi, ajoute Sylvie Colas, l'agriculture bio étant en moyenne plus employeuse.
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