Industrie et IA : « Nous devons développer un plan de bataille européen plus structuré » (Doris Birkhofer, Siemens)

Laurence Bottero
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LA TRIBUNE - L'année dernière vous étiez intervenue aux Rencontres économiques d'Aix sur le sujet de « réenchanter les industries grâce à l'IA ». Depuis il y a eu le sommet de l'IA, Choose France... Un an plus tard, quel constat faites-vous ? L'IA est-elle mieux appréhendée par les industriels ?
DORIS BIRKHOFER - Il y a un an, nous parlions beaucoup de l'IA dans l'industrie de façon théorique. Un an plus tard, l'IA se met vraiment en pratique. Et c'est un élément principal pour augmenter la compétitivité de l'industrie française. Surtout, l'intelligence artificielle passe par des cas d'usages. Pour les PME, qui sont la colonne vertébrale de notre industrie, cela concerne la maintenance prédictive de leurs outils, le contrôle de qualité, l'accès à des compétences qui n'étaient pas, jusqu'alors, à leur portée de leurs salariés.
Que faut-il faire, initier, pousser pour que la France et l'Europe aillent plus vite sur l'IA industrielle ?
Ce dont il faut bien avoir conscience c'est que les LMM, le modèle de langage, agit un peu comme un cerveau. Or, un cerveau sans données, c'est un cerveau vide. Le nerf de la guerre ce sont les données. Énormément de données issues des entreprises ne sont pas exploitées, pas structurées. L'enjeu est de mettre ces données à disposition des modèles de langage pour qu'ils apprennent le langage de l'industrie et qu'ils soient utiles aux industriels.
Siemens fête les 175 ans de sa présence en France avec 6 000 salariés et un chiffre d'affaires 2024 qui s'élève à 2,4 milliards d'euros. On peut dire, en quelque sorte, que Siemens a réussi sa stratégie d'exportation. On parle souvent d'une Europe du numérique, d'une Europe des marchés... Faut-il une Europe de l'industrie ?
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Nous avons accompagné toutes les révolutions industrielles depuis 175 ans et celle en cours est justement celle de l'utilisation de l'intelligence artificielle pour rendre les industries plus compétitives. Faut-il une Europe de l'industrie ? Je dirais que oui. On parle beaucoup de souveraineté, de l'autonomie, d'indépendance stratégique. Je pense qu'aujourd'hui, avec les tensions géopolitiques que nous connaissons, il faut un plan de bataille plus structuré afin d'assurer que pour les industries critiques, tout au long de la chaîne de valeur, il ne manque aucune brique. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut plus rien faire ailleurs, mais il ne faut pas se rendre trop dépendants. Nous devons avoir cette réflexion sur quelles compétences, quelle industrie il nous faut, à quel endroit, et cela afin de rendre l'Europe plus résiliente et plus compétitive.
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