Telle une verrue tenace que l'on doit cautériser pour des raisons de sécurité, de santé publique et d'esthétique parce qu'elle corrompt depuis des décennies le paysage marin, vertigineux de beauté, du versant Ouest du Cap Corse, la mine d'amiante de Canari est promise à la démolition. Le chapitre, de loin le plus emblématique de l'histoire industrielle de l'île, va se refermer sur un passé qui témoigne à la fois de la grandeur d'âme des Corses et de leur tourment.
L'État a chargé l'Agence de la transition écologique (Ademe) de piloter ce chantier titanesque programmé pour commencer à l'automne 2025, au terme d'une minutieuse phase préparatoire, et appelé à s'étirer sur huit mois environ. Une enveloppe de 6 millions d'euros a été mobilisée dans le cadre de la procédure d'appel d'offres lancée il y a plusieurs mois mais, compte tenu de l'ampleur de l'opération, un dépassement n'est pas exclu. Cette friche disgracieuse et insalubre a déjà englouti des sommes colossales pour des études et des projets avortés, mais aussi pour son entretien permanent et ses multiples travaux de sécurisation, estimées à 22 millions d'euros pour ces seules vingt dernières années.
En 2009, Vinci Construction avait remporté le marché public d'un montant de 10 millions d'euros pour la réhabilitation du site. Un chantier qui avait duré quatre ans : les équipes, vêtues de combinaisons blanches étanches et d'appareils de protection respiratoire, n'entraient et ne sortaient qu'en passant par un sas de décontamination tandis que les fibres d'amiante étaient plaquées au sol par un système d'arrosage continu d'eau de mer stockée dans d'immenses cuves.