En Corse, la récolte de la clémentine fait appel à la main-d’œuvre venue du Maroc
Jean-Marc Rafaelli
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
Jean-Marc Rafaelli
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
Reuters
À vol d'oiseau, quelque 1.800 kilomètres séparent la clémentine corse de la main qui la cueille. Depuis cinq ans et la première année de la crise Covid, un pont aérien est mis en place entre Casablanca, la ville poumon économique du Maroc, et la Corse, dans le but d'acheminer des saisonniers jusque dans les exploitations de clémentines, l'agrume emblématique de l'île. Cueillie à la main, seule en France à bénéficier de l'appellation IGP depuis 2007, elle a acquis une notoriété auprès des consommateurs en raison de ses quartiers juteux et sans pépins, sa saveur sucrée finement acidulée et ses ressources en vitamines et en oligo-éléments.
Cette année, ce sont précisément 1.100 Marocains qui ont été accueillis à Bastia afin d'assurer la récolte d'environ la moitié des producteurs de clémentines, acheminés par la compagnie régionale Air Corsica à la faveur de cinq vols spécialement affrétés lors des trois premières semaines d'octobre.
Depuis que l'agriculture s'est développée dans l'île, il y a toujours eu des Corses et des Marocains côte à côte dans les champs. Aussi, ce sont des liens historiques anciens et solides qui unissent le Maroc à la Corse (il y a quelques semaines à peine, Emmanuel Macron décorait le dernier survivant des Goumiers venus libérer l'île du joug nazi en 1943) qui compte sur son territoire 42.000 ressortissants marocains et binationaux.
À lire également
Jean-Paul Mancel, agrumiculteur de longue date et président de deux organismes leaders dans ce secteur d'activité - l'association des producteurs corses et l'APRODE, l'association de promotion et de défense de la clémentine de Corse - connaît très bien le sujet. Il réfute le terme de « charter » qui, dans son esprit, a une connotation péjorative et ne reflète pas la qualité des rapports humains entre les deux communautés : « Je cultive mes terres depuis cinquante ans. Les Marocains nous ont de tout temps épaulés pour les périodes de récolte. Ils sont aguerris à ce travail qui est très éprouvant. Mais les surfaces dédiées à la clémentine se sont sensiblement étendues et la main-d'œuvre locale se fait de plus en plus rare. Celle que nous réussissons à trouver est mobilisée dans nos différentes stations de conditionnement pour le calibrage, l'emballage, l'expédition et le transport des fruits. Il y a quelques années encore, des saisonniers marocains venaient en renfort par leurs propres moyens, la plupart du temps en prenant le car, le train et le bateau. Ce sont pour nous des visages familiers et, au fil des années, les liens personnels se sont renforcés. Mais avec la crise sanitaire, tout déplacement était devenu impossible, les transports étaient paralysés et nous avons travaillé avec les autorités, la préfecture et l'ambassade du Maroc en France, afin de mettre en place des vols spéciaux qui avaient en plus l'avantage d'être directs. L'expérience a été concluante pour tout le monde et nous la renouvelons depuis chaque année... »
Jean-Marc Rafaelli