« La recherche sur l’Océan est moins financée que celle sur l’espace » (Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur des pôles et de l’océan)
Propos recueillis par Laurence Bottero

Olivier Poivre d'Arvor
LTD/François BOUCHON/figarophoto
Propos recueillis par Laurence Bottero

Olivier Poivre d'Arvor
LTD/François BOUCHON/figarophoto
LA TRIBUNE DIMANCHE - La troisième conférence des Nations unies sur l'océan se tient à Nice en juin prochain. Comment préparez-vous ce rendez-vous international très attendu ?
OLIVIER POIVRE D'ARVOR - Nous le préparons avec l'ensemble des 192 pays membres des Nations unies et plus particulièrement avec le Costa Rica, pays co-organisateur. Nous travaillons sur le fond de cette conférence, chaque thème est très discuté. C'est également un exercice de diplomatie dans un moment géopolitique qui n'est pas évident. Cette conférence doit être ambitieuse dans le fond. Il n'est pas facile de prendre des législations qui contraignent. L'océan est encore un lieu de prédation. À Nice, il faut aussi célébrer l'océan.
La conférence des Nations unies a l'ambition de traiter des solutions capables de protéger l'océan. La question du financement est majeure...
Le financement est fondamental sur tous les sujets. Il existe une demande de justice climatique, c'est le Nord contre le Sud. Certains estiment que l'océan est au bord de l'extinction, mais il est encore sauvable, nous pouvons le réparer. La Méditerranée est une mer particulièrement affaiblie, c'est une mer qui pourrait disparaître. Il y a donc des cas cliniques plus urgents que d'autres. Les solutions existent, mais elles exigent des financements. On évoque une taxe, par exemple, sur le transport maritime. Je n'y suis pas favorable. Il est plus pertinent d'investir dans la recherche et développement [R&D]. L'objectif du zéro émission à horizon 2050 exige des travaux de R&D très importants. Il n'y a pas d'argent magique. Il ne faut pas chercher à travailler pour dans cinq cents ans mais pour l'immédiat.
Le plastique polluant l'océan n'a-t-il pas permis une prise de conscience plus générale ?
Pour moi, l'alerte concernant l'océan est née avec la marée noire provoquée par l'Amoco Cadiz en Bretagne en mars 1978. Le plastique est un sujet important. Le traité concernant la haute mer doit être ratifié. La fin du plastique à usage unique est aussi une étape importante. Le plastique est emblématique. Il est vrai qu'il a pris une grande place dans la conscience collective. L'océan est, finalement, un sujet très nouveau. En juin prochain se déroulera la troisième conférence des Nations unies qui lui est consacrée, alors qu'à cette date auront déjà eu lieu 29 COP climat et 16 COP biodiversité. La conscience de l'océan est donc récente, elle est née en 1982 en Jamaïque avec le traité du droit de la mer. 2025 est l'année de la mer, nous espérons que cela permettra une prise de conscience bien plus large. Car le réveil de l'océan va être difficile, il est assez fâché.
Quel avenir imaginez-vous pour l'océan ?
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Les Nations unies ont un rôle majeur. La question de la gouvernance reste importante. Elle est, pour l'heure, organisée en silos : la pêche, le transport maritime... Il faudrait un rendez-vous chaque année qui permette de dresser un état des lieux des différents bassins. Sauver l'océan passe par la connaissance de l'océan. Et la recherche le concernant est 400 fois moins financée que la recherche sur l'espace. Les accords de Nice, lors de l'Unoc 3, dix ans après l'accord de Paris sur le climat, seront significatifs. Nice devrait être un moment charnière dans l'histoire des relations entre l'homme et l'océan.
Propos recueillis par Laurence Bottero