Le veto du maire Renaissance Jean-Charles Orsucci s’adosse à la loi Le Meur qui régule le marché des meublés locatifs. C’est une première pour la Corse et pour la France littorale qui pourrait faire des émules dans les zones tendues où les familles peinent à se loger, quitte à fragiliser l’économie locale…Bonifacio, ville d'art et d'histoire, ancien fief des rois d'Aragon, sentinelle de la Méditerranée aux falaises de calcaire vertigineuses décrites par Homère, est la première commune littorale de France à proscrire la construction de résidences secondaires sur l'ensemble des zones urbanisées de son territoire. Une servitude inscrite dans le Plan Local d'Urbanisme, qui sera officiellement arrêté au mois de septembre, et permise par la loi Le Meur du 19 novembre 2024 qui vise à limiter le marché locatif et spéculatif démesuré et à différencier, dans les documents d'urbanisme, la maison principale de la résidence secondaire.
Jean-Charles Orsucci, en sa double qualité de maire de Bonifacio et de secrétaire général adjoint de l'ANEL, l'association nationale des élus du littoral, revendique depuis longtemps pour ses pairs le choix de brider la résidence secondaire pour privilégier la résidence principale. Un choix essentiellement dicté par la raréfaction des espaces constructibles et la flambée des prix du foncier et de l'immobilier qui pénalisent la population locale.
Le maire conscient du manque à gagner
En 2021, selon une source INSEE, Bonifacio recensait 3 248 logements et 1 753 résidences secondaires - dont une grande majorité dévolue à la location - soit environ 55% de son parc immobilier. Aujourd'hui, on est plus près des 60% contre moins de 10% sur le plan national. Sur les trois dernières années, 80% des demandes de permis de construire concernent des résidences secondaires.
Un phénomène d'accélération qui a amené le maire de Bonifacio à prendre cette décision d'autant plus cruciale à ses yeux qu'il ne reste que 87 hectares de terrains constructibles, soit 3% du territoire communal, contre 5 000 hectares il y a 20 ans. « C'est peu, mais ce sont les lois d'urbanisme éminemment technocratiques qui m'imposent cette portion congrue. C'est la raison pour laquelle je souhaite rendre accessibles les derniers terrains disponibles aux promoteurs qui proposeront des résidences principales et des logements sociaux. »