Loi sur le narcotrafic adoptée : 5 choses à savoir sur l'ampleur économique de ce fléau

Selon l’Insee, le chiffre d’affaires annuel du trafic de stupéfiants en France est estimé à 3 milliards d’euros.
GEORGE FREY

Selon l’Insee, le chiffre d’affaires annuel du trafic de stupéfiants en France est estimé à 3 milliards d’euros.
GEORGE FREY
[Article publié le samedi 29 mars 2025, mis à jour le mardi 1er avril à 17h55]
« Des multinationales du crime », qui ont une capacité financière gigantesque. C'est ainsi que les experts qualifient désormais le narcotrafic dans le monde, mais aussi en France, où ce type de criminalité prend de l'ampleur. Pour mieux lutter contre, une proposition de loi a été votée cette après-midi à l'Assemblée nationale. Le Sénat a, lui, déjà validé le texte.
Voici cinq choses à savoir sur l'ampleur économique qu'a pris le narcotrafic ces dernières années en France, et dans le monde.
C'est l'estimation du chiffre d'affaires annuel du trafic de stupéfiants en France, selon l'Insee et l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Mais la dernière Commission d'enquête du Sénat sur l'impact du narcotrafic en France estime que ce montant pourrait avoisiner le double, soit 6 milliards d'euros. Étant donné que c'est un business caché, il y a « une grande marge d'incertitude » sur le montant exact, précisait en octobre dernier Étienne Blanc, sénateur du Rhône et rapporteur de la Commission, sur le portail en ligne Vie-Publique.fr.
Toujours selon l'Insee et l'OFDT, c'est le nombre estimé de consommateurs réguliers de cannabis dans l'Hexagone, aujourd'hui le stupéfiant le plus vendu en France. Derrière, figure la cocaïne qui attire, elle, 600 000 consommateurs environ. Côtés « vendeurs », l'office anti-stupéfiants (OFAST) estime, lui, que 240 000 personnes vivent directement ou indirectement du trafic de drogue en France. Dont 21 000 dont c'est la source principale de revenus.
C'est un des problèmes sur lequel l'actuel ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a largement insisté ces dernières semaines. La cocaïne venue d'Amérique du Sud (Colombie et Mexique notamment) inonde désormais le marché de la drogue français. Selon les douanes françaises, 53,5 tonnes de cocaïne ont effet été saisies en 2024, soit une augmentation de 130 %, par rapport à 2023.
Interrogé la semaine dernière sur Franceinfo, Bertrand Monnet, professeur à l'Edhec et spécialiste de l'économie du crime, estime qu'« il y a une vraie ''vague blanche'', pour ne parler que de la cocaïne ». La raison est la suivante selon lui : « Le marché principal, qui était jusque-là l'Amérique du Nord, commence à être saturé, donc tous les narcotrafiquants colombiens et mexicains aujourd'hui n'ont qu'un mot à la bouche : l'Europe. »
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Toujours sur Franceinfo, le chercheur de l'Edhec a rappelé que « selon les routes » d'acheminement, le trafic de cocaïne « dégage des marges qui varient entre 3 000 et 6 000 % ». Ce qui fait dire à Bertrand Monnet qu'« aucun produit dans l'économie légale ne dégage des marges comme ça ». Et d'insister sur cette conséquence très concrète : avec une telle lucrativité, « il y aura donc toujours des trafiquants pour se lancer dans le business et on peut incarcérer autant de personnes que l'on veut », le trafic continuera.
D'après un récent rapport de la Cour des comptes, le narcotrafic ne touche plus seulement les grandes métropoles françaises (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, etc). S'il reste essentiellement concentré sur 10 % des communes françaises, le trafic connaît une expansion territoriale rapide, y compris dans les zones rurales jusque-là relativement épargnées.
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« Ainsi, l'usage et le trafic de stupéfiants couvraient 54 % des communes en 2016, et 79 % en 2022 », recense la Cour des comptes dans son enquête. Dans le Gard par exemple, le nombre de personnes mises en cause pour ce trafic a augmenté de plus de 152 % en six ans. Non loin de ce département, dans le Gers, une zone très agricole, le nombre de mis en cause y a augmenté de plus de 102 %.