Apprentissage : le patronat réticent au « rabotage » des aides
latribune.fr
Alors que Bercy plaide pour un resserrement des aides versées aux entreprises pour l'apprentissage, le patronat monte au créneau pour exprimer ses réticences. (Photo d'illustration)
« Il faut être très prudent sur le rabotage des aides à l'apprentissage », a lancé ce jeudi le patron du Medef Patrick Martin, alors que des coupes ont été évoquées dans le cadre des efforts pour réduire le déficit public.
A peine la piste évoquée que le patronat monte au créneau. Ce jeudi, en marge des Worldskills à Lyon, une sorte d'olympiades des métiers, le patron du Medef, Patrick Martin, a fait savoir qu'il était réticent à un « rabotage » des aides versées aux entreprises pour l'apprentissage. Et ce, alors que le coût des aides, en plein marasme budgétaire, pourrait avoisiner les 25 milliards d'euros en 2024, selon une note dévoilée en exclusivité par La Tribune.
« On est parfaitement conscient des contraintes budgétaires très fortes, mais ce serait un peu paradoxal »après le succès rencontré par l'apprentissage« à tous les niveaux de qualification », a-t-il déclaré à la presse.
Et d'ajouter : « Il faut être très attentif à ce que les considérations d'économie budgétaire nécessaires ne viennent pas casser cette dynamique », a mis en garde Patrick Martin.
Fin août, une lettre-plafond du Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal au ministère du Travail prévoyait « des économies nouvelles sur l'apprentissage », tout en maintenant l'objectif d'avoir un million d'apprentis par an.
Explosion du nombre d'apprentis
Depuis 2017, année de l'élection d'Emmanuel Macron, le nombre d'apprentis est passé de 317.000 à 853.000. Le patron de la CMA France (Chambre des métiers et de l'artisanat), Joël Fourny, s'était également interrogé mercredi auprès de l'AFP sur l'engagement de l'État. « J'attends d'un point de vue budgétaire des annonces sur la façon dont vont être accompagnées les entreprises qui engagent des apprentis », avait-il dit.
Mais les contrats d'apprentissage sont régulièrement remis en cause. D'abord, parce qu'ils se seraient substitués, selon l'économiste rattaché à l'OFCE, Bruno Coquet à des emplois en CDD ou CDI. Des effets de substitution estimés à 200.000 emplois, d'après l'expert. Ensuite, parce que les aides à l'apprentissage profitent, en grande partie, à des entreprises qui emploient des étudiants fortement diplômés (Bac +4, Bac +5, etc.)
Les pistes de Bercy pour faire des économies
Face à la situation alarmante des comptes publics, l'Inspection générale des finances (IGF) a fait plusieurs propositions dans un rapport dévoilé début septembre. L'administration propose notamment de mettre en place une modulation des aides en fonction des niveaux de qualification et de la taille des entreprises. « Ce qui renforcerait la pertinence de la dépense publique ». Cibler les aides sur les entreprises de moins de 250 salariés permettrait d'économiser 851 millions d'euros par exemple.
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Autre piste qui ne manque pas de faire réagir : les hauts fonctionnaires proposent également de revoir le niveau de prise en charge de l'Etat et suggèrent que les employeurs et apprentis soient davantage mis à contribution. « L'exonération de cotisations sociales salariales et de CSG-CRDS sur les rémunérations des apprentis ne paraissent pas justifiée », juge Bercy. Les revenus des apprentis pourraient même être soumis à l'impôt sur le revenu alors qu'ils en sont aujourd'hui exonérés.
L'apprentissage n'est pas sans effet sur la productivité
Interrogé par La Tribune, Bruno Coquet rappelle aussi que « depuis fin 2017, un tiers des créations d'emplois sont des apprentis. Un autre tiers correspond à des entrepreneurs individuels. Enfin, le dernier tiers renvoie à des contrats normaux ». L'effet de l'apprentissage sur la productivité n'est donc pas nul. Avec un possible resserrement des aides, le nombre d'apprentis devrait logiquement diminuer dans l'Hexagone. Pas forcément une bonne nouvelle alors que l'activité économique devrait se replier d'ici la fin de l'année, selon l'Insee.