Budget 2025 : « pas assez de réformes et trop d'impôts », tacle Gabriel Attal
latribune.fr
« La hausse prévue des charges pour les entreprises, la hausse plus forte que prévu sur l'électricité, le gel des retraites pour six mois et d'autres mesures fiscales nous semblent charger trop la barque pour les Français », a souligné Gabriel Attal.
L'ancien Premier ministre a émis plusieurs critiques sur les choix du gouvernement Barnier pour trouver 60 milliards d'euros d'économies en 2025, à la veille de la présentation du projet de loi. Des hausses d'impôts qui risqueraient de « charger trop la barque pour les Français », estime-t-il.
Gabriel Attal tacle son successeur. L'ancien Premier ministre a donné un point presse à l'Assemblée nationale ce mardi en affirmant que « nous avons avec le gouvernement un accord plein et entier sur la direction (...) pour prolonger l'effort qui a été initié de réduire nos déficits publics. »
Une référence directe au projet de loi de Finances pour 2025 qui doit être présenté jeudi en conseil des ministres prévoit un effort budgétaire d'environ 60 milliards d'euros, dont 40 milliards d'économies sur les dépenses et 20 milliards de recettes supplémentaires via des hausses d'impôts et des augmentations de cotisations sociales, essentiellement pour les entreprises.
Mais sur les mesures d'économies, le président du groupe Ensemble pour la République a évoqué des « divergences sur quelques moyens » en se défendant de vouloir « polémiquer » avec un gouvernement qui compte de nombreux ministres issus des rangs macronistes.
Reste que «la crainte que nous avons déjà exprimée, c'est que le budget qui semble se dessiner n'intègre pas assez de réformes et trop d'impôts, avec le risque de déstabiliser nos industries et la classe moyenne qui travaille», a-t-il détaillé.
Les hausses de charge au cœur de la discorde
Il a rappelé l'engagement de son groupe pendant la campagne législative: « Nous nous battrons pour continuer à réduire le chômage », « nous n'augmenterons pas les impôts sur les Français qui travaillent et nous ne gèlerons pas les retraites ».
Or «la hausse prévue des charges pour les entreprises, la hausse plus forte que prévu sur l'électricité, le gel des retraites pour six mois et d'autres mesures fiscales nous semblent charger trop la barque pour les Français», a-t-il souligné.
Un point sur lequel s'était défendu le ministre du Budget mardi. Interrogé sur la possibilité d'un alourdissement des charges pesant sur les petites et moyennes entreprises, Laurent Saint-Martin avait affirmé que « les allégements de charges ont été bons pour l'emploi, mais ont aussi été négatifs » pointant « la trappe à bas salaire », soit la baisse progressive des salaires dans les entreprises. Ainsi, il a reconnu que« [le gouvernement va] redessiner l'allègement des charges pour qu'il y ait une contribution », de la part des entreprises aux 60 milliards d'euros d'économies.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
De son côté, la veille, le président de l'U2P, Michel Picon, avait lui déclaré aux Echos, qu'il « faut faire des réformes de fond, pas faire les poches des petites entreprises en récupérant quelques milliards sur les exonérations de cotisations sociales. » Le représentant des artisans, commerçants et professions libérales affirme qu'il « ne croit pas une minute » que la réforme des allègements de cotisations du gouvernement va pousser les entreprises à augmenter les salaires des smicards.
Attal souhaite le retour de la réforme de l'assurance chômage
Gabriel Attal partage donc le point de vue du patronat. L'ancien ministre a d'ailleurs exprimé d'autres pistes d'économies, plus pérennes selon lui.
Il a notamment proposé « des alternatives immédiates et crédibles », comme la mise en œuvre de la nouvelle réforme de l'assurance chômage, enterrée par Michel Barnier ou « demander aux collectivités locales un effort à la hauteur de leur part dans la dépense publique ». Une révision de la réforme des retraites « à coûts constants », la non-généralisation du prêt à taux zéro, un coup de frein sur les indemnités journalières, notamment dans le public, le renforcement de la lutte contre la fraude sociale, ont également été évoqués par des députés du groupe EPR.
De leur côté, plusieurs syndicats ont eux aussi revendiqué vouloir revenir sur la controversée réforme des retraites. Ce mercredi sur RTL, Sophie Binet a, une nouvelle fois, affirmé vouloir « l'abrogation de la réforme des retraites » et se dit prête à aller discuter avec Michel Barnier pour porter cette idée. Elle a cependant critiqué l'initiative du Rassemblement national, qui a décidé d'utiliser sa « niche parlementaire » du 31 octobre à cet effet. « C'est une imposture sociale », a notamment taclé Sophie Binet.
Cette proposition de loi est « une escroquerie et une voie sans issue », avait déjà estimé la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, mardi. Elle « propose de supprimer les 64 ans pour revenir à 62 et elle supprime les 43 annuités de travail pour revenir à 42 ». In fine, « on arrive à un déficit accru de 15 milliards d'euros du régime de base des retraites » que le RN propose de combler en « augment(ant) une partie de la fiscalité », relevait la leader de la première organisation syndicale sur France Inter. « C'est une proposition totalement irresponsable », poursuit-elle, et « une voie sans issue parce qu'on sait que (le texte) ne sera pas repris au Sénat », condition sine qua non pour être adopté.