La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a mis en garde, ce mercredi sur RTL, contre les 40 milliards d'euros de baisse des dépenses voulus par Michel Barnier en 2025 et leurs conséquences sur les services publics qui « sont à bout ». Elle recommande de faire porter ces économies sur les aides aux entreprises et de taxer les hauts revenus.
A la veille de la présentation du projet de loi de finances 2025, la CGT sonne l'alarme. Alors que le ministre du Budget, Laurent Saint-Martin, a réaffirmé mardi au Sénat que la réduction du déficit public de 60 milliards d'euros en 2025 sera « porté au deux-tiers par une réduction de la dépense publique, soit 40 milliards d'euros », Sophie Binet a répondu ce mercredi sur RTL que« c'est colossale, c'est inédit, (alors même que) aujourd'hui nos services publics sont à bout. »
Selon la syndicaliste, diminuer les moyens des hôpitaux, de l'école ou encore de la justice aurait des répercussions très négatives. « Si l'objectif du Premier ministre, c'est de faire reculer les financements de nos services publics, c'est une catastrophe », a martelé Sophie Binet.
Raboter les aides aux entreprises
En revanche, « là où l'on peut faire des économies, c'est sur les aides aux entreprises. C'est 200 milliards d'euros chaque année, un tiers du budget de l'Etat », a pointé la représentante de la CGT. D'autant que selon elle : « Celles qui captent le plus d'aides ce sont les grandes entreprises. »
Une piste aussi évoquée par le ministre du Budget, mardi. Interrogé sur la possibilité d'un alourdissement des charges pesant sur les petites et moyennes entreprises, Laurent Saint-Martin a reconnu que« [le gouvernement va] redessiner l'allègement des charges pour qu'il y ait une contribution », de la part des entreprises aux 60 milliards d'euros d'économies.
Cette déclaration était intervenue alors que le président de l'U2P, Michel Picon, avait déclaré, lundi dans Les Echos, qu'il « faut faire des réformes de fond, pas faire les poches des petites entreprises en récupérant quelques milliards sur les exonérations de cotisations sociales. »
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Taxer les riches
Ce mercredi, Sophie Binet a insisté sur le fait que les économies - nécessaires pour revenir à 3% de déficit public en 2029, contre probablement 6% cette année - passeraient par une hausse de la fiscalité des plus riches. Elle a notamment rappelé que la dette de la France « a atteint 3.228 milliards d'euros à cause de la politique de l'offre. »
Un point de vue qui n'est pas partagé par le gouvernement. Ce dernier attribue le dérapage des finances publiques aux aides exceptionnelles versées pendant la crise du Covid-19 et la crise inflationniste. « La crise inflationniste est derrière nous, nous avons beaucoup dépensé pour protéger les Français. Il fallait le faire », a reconnu Laurent Saint-Martin mardi.
Les boucliers mis en place par l'Etat pour modérer l'impact de la flambée des prix sur la facture d'électricité et de gaz ont notamment coûté 20,4 milliards d'euros net, essentiellement sur les années 2022 et 2023, selon la Commission de régulation de l'énergie (CRE).
Reste que pour la Secrétaire générale de la CGT : «Il faut que le balancier passe de l'autre côté, aux grandes entreprises et aux plus riches de passer à la caisse. »
Un point de vue qui rappelle celui de l'ONG Oxfam, qui proposait fin septembre de réformer la fiscalité des entreprises ce qui pourrait rapporter « au moins » 25 milliards d'euros à l'Etat selon elle, via notamment un taux minimum mondial d'imposition des multinationales « effectif » et « plus élevé » que le taux plancher actuel de 15%, miné par des « exonérations ».
Dans son manifeste, l'ONG proposait aussi de taxer automatiquement les « superprofits » des entreprises, qu'elle définit comme « les bénéfices supplémentaires réalisés par une entreprise non pas grâce à des innovations technologiques ou des gains de productivité mais en profitant de circonstances externes » (guerre, pandémie...).
Enfin, elle suggérait ainsi de réintroduire un impôt sur la fortune (ISF) - remplacé par l'IFI au cours du premier quinquennat d'Emmanuel Macron - et d'y ajouter une « surtaxe carbone », de façon à créer un « SF climatique » qui pénaliserait « les multimillionnaires et les milliardaires » détenant les « actifs financiers les plus polluants ».
Sophie Binet réclame toujours l'abrogation de la réforme des retraites
Ce mercredi, Sophie Binet a, une nouvelle fois, affirmé vouloir « l'abrogation de la réforme des retraites » et se dit prête à aller discuter avec Michel Barnier pour porter cette idée. Elle a cependant critiqué l'initiative du Rassemblement national, qui a décidé d'utiliser sa « niche parlementaire » du 31 octobre à cet effet. « C'est une imposture sociale », a notamment taclé Sophie Binet.
Cette proposition de loi est « une escroquerie et une voie sans issue », avait déjà estimé la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, mardi. Elle « propose de supprimer les 64 ans pour revenir à 62 et elle supprime les 43 annuités de travail pour revenir à 42 ». In fine, « on arrive à un déficit accru de 15 milliards d'euros du régime de base des retraites » que le RN propose de combler en « augment(ant) une partie de la fiscalité », relevait la leader de la première organisation syndicale sur France Inter. « C'est une proposition totalement irresponsable », poursuit-elle, et « une voie sans issue parce qu'on sait que (le texte) ne sera pas repris au Sénat », condition sine qua non pour être adopté.