La boîte aux lettres est vide. D'ordinaire, les ministres reçoivent début juillet les lettres plafonds qui fixent leurs dépenses pour l'année suivante, après les ultimes arbitrages de Matignon. Cette année, pas de courrier. La dissolution a tout arrêté, alors que la situation budgétaire est mauvaise et que des échéances cruciales s'annoncent.
Non seulement le prochain gouvernement devra ficeler dans l'urgence un projet de loi de finances pour 2025, mais il doit aussi, dès la rentrée, rendre des comptes à Bruxelles. La Commission a engagé une procédure pour déficit excessif à l'encontre de la France. Bercy est tenu de présenter d'ici au 20 septembre une nouvelle projection des comptes tricolores, avec des projets de réformes et d'économies, sous peine de sanctions.
Or les programmes du RN et du Nouveau Front populaire sont très coûteux et, pour sa part, le gouvernement Attal a suspendu sa réforme de l'assurance chômage et ses économies potentielles. En cas de victoire, le Rassemblement national promet même de faire adopter cet été une baisse de la TVA sur les carburants, le gaz et l'électricité, pour un coût annuel qu'il chiffre à 12 milliards d'euros (17 milliards selon Bercy). Pour financer ce cadeau, il compte taxer les profits des énergéticiens, y compris ceux réalisés les années passées. Ce qui risque de se heurter au principe de non-rétroactivité fiscale. « Le RN est obligé de réussir, Bruxelles sera plus dur avec nous qu'avec les autres, ils ne seront pas laxistes comme avec Macron et Hollande », se persuade un cadre du parti d'extrême droite.