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ÉconomieFrance

Comment les principaux candidats comptent s'attaquer aux déserts médicaux

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 24 mars 2017 à 15:56 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:00

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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Lors d'un débat à l'Académie nationale de médecine, les représentations de quatre des principaux candidats à la présidentielle ont débattu des solutions à mettre en place pour s'attaquer aux déserts médicaux. Au menu: développement de la santé numérique, création de centres de santé, mesures incitatives pour attirer les jeunes médecins...
"Je voudrais savoir si vous envisagez de résoudre le problème des déserts médicaux avant la fin du 3e millénaire."

Cette phrase sarcastique lancée par Gérard Viens, vice-président de l'Alliance maladies rares, et économiste de la santé, est symptomatique du scepticisme de plusieurs acteurs de santé, venus écouter les propositions des représentants de quatre candidats à la présidentielle 2017. Jeudi 23 mars, au sein de l'Académie nationale de médecine, les porte-paroles de Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, François Fillon et d'Emmanuel Macron ont répondu présent à une invitation de plusieurs organisations, dont l'Institut Montaigne. Mickaël Ehrminger, le représentant de Marine Le Pen, a annulé sa venue.

À l'introduction du débat, Olivier Mariotte, président du think tank "Santé au 55 Faubourg", a réclamé "des mesures concrètes" aux porte-paroles des candidats pour lutter contre les déserts médicaux, et le déclin de l'attractivité de certains métiers dans la santé. Par exemple, le nombre de généralistes a baissé de 8,4% entre 2007 et 2016. Mais force est de constater que les propositions concrètes et chiffrées ne sont pas légion. Revue de détail de ce que préconisent les candidats.

Mélenchon veut créer 4.000 centres de santé et rendre aux territoires leur attractivité

Côté France insoumise, la mesure phare est la création "de 4.000 centres de santé pluridisciplinaires" (des structures sanitaires de proximité dispensant principalement des soins de premier recours), rappelle Noam Ambrourousi, porte-parole santé de Jean-Luc Mélenchon. Il estime le coût de cette mesure à 2 milliards d'euros. Avec ces centres, Jean-Luc Mélenchon privilégierait des embauches de fonctionnaires de santé. Néanmoins, la création de centres privés de santé d'intérêt public serait également encouragée.

Ces structures permettraient de faire travailler des professionnels de santé ensemble et de communiquer avec les hôpitaux avec des systèmes informatiques coordonnés. En s'appuyant sur ces centres, Jean-Luc Mélenchon veut mettre en place des instances de quartiers réunissant médecins, associations de patients et d'autres acteurs de santé pour faire émerger les solutions du terrain, notamment numériques, précise Noam Ambrourousi.

Selon lui,"il faut redonner confiance aux professionnels santé qui craignent de déléguer des compétences, en raison de leurs responsabilités médicales".

Pour augmenter le nombre de professionnels de santé, toucher au numérus clausus semble être une solution pour Noam Ambrourousi, mais seulement si cela est fait dans des proportions modérées. Mais également en rendant les territoires plus attractifs. Selon lui, les professionnels de santé ne réclament pas d'incitations financières (Jean-Luc Mélenchon veut d'ailleurs interdire les dépassements d'honoraires) pour se rendre dans des déserts médicaux. Il estime que le problème du manque d'attractivité provient de la suppression de nombreux services publics, telles les gares supprimées dans des territoires reculés, point sur lequel France insoumise veut remédier.

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Autre solution de Jean-Luc Mélenchon, pour encourager les médecins à s'orienter vers les lieux isolés, multiplier les stages de médecins en ville (l'hôpital est souvent privilégié).

Pour Macron, il faut "libérer les énergies"

"Les acteurs de santés peuvent s'organiser entre eux, Emmanuel Macron leur fait confiance".

Le socialiste Olivier Véran, neurologue et ancien député, a martelé devant l'aréopage de professionnels de santé que "libérer les énergies" dans les territoires est nécessaire pour s'attaquer aux déserts médicaux. Il prône la libération des initiatives dans le territoire, concernant les questions d'organisation entre professionnels de santé et le développement d'innovations numériques.

Il estime qu'il faudra néanmoins au préalable passer par "un chantier de redéfinition des compétences". En clair, certaines tâches accomplies uniquement par le médecin pourraient l'être par d'autres acteurs.

L'autre priorité d'Emmanuel Macron est d'utiliser tous les moyens possibles pour redonner du temps disponible aux médecins, afin qu'ils puissent consulter un plus grand nombre de patients ou leur consacrer plus de temps. Et ce, notamment grâce au regroupement de ces derniers et aux interactions multipliées entre eux. À cet effet, Emmanuel Macron compte créer 2.000 maisons de santé pluridisciplinaires (soit multiplier leur nombre par deux d'ici à 2022).

Concernant la formation des futurs professionnels de santé, l'ancien ministre de l'Économie est favorable à un assouplissement du numérus clausus pour l'entrée en faculté de médecine. Enfin, le candidat d'En Marche ! veut encourager les étudiants à effectuer davantage de stages dans les cabinets médicaux libéraux.

Hamon, entre création de maisons de santé et expérimentations de santé numérique dans tout le territoire

Nicolas Leblanc, porte-parole de Benoît Hamon, explique que ce dernier propose une mission nationale d'accès aux soins élargies dans les territoires, avec les élus locaux et les citoyens et les professionnels de santé. Et ce, afin d'obtenir de meilleures connaissances des territoires, sur l'ampleur des déserts médicaux, l'épidémiologie."Favoriser la collaboration de l'ensemble des professionnels de santé une priorité", juge-t-il.

Benoît Hamon prévoit la création de 1.500 maisons de santé pluridisciplinaires avec des fléchages budgétaires, explique Nicolas Leblanc. Et ce, afin d'investir en fonction des besoins par zones, notamment dans des lieux où le manque de médecins pourrait entraîner un risque sanitaire pour les habitants.

Comme Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon prône la diffusion des expérimentations dans tous les territoires notamment en e-santé, un levier d'une politique de santé efficace. "Le numérique implique d'importants investissements". Par ailleurs, Nicolas Leblanc sur la nécessité de former "des professionnels de santé aux technologies de demain, comme le télé-diagnostic"

Si Jean-Luc Mélenchon veut réinstaurer des services publics autour des déserts médicaux,  Benoît Hamon, promet simplement de stopper les rabotements dans le budget de fonctionnement des collectivités territoriales. Une mesure qui selon lui peut au moins ne peut avoir un impact indirect sur l'attractivité des médecins sur le territoire.

Fillon veut garder le caractère libéral de la médecine,

Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône et représentante de François Fillon a évoqué plusieurs fois l'importance des solutions numériques pour libérer du temps pour les médecins. Elle prône un "déblocage économique de la télémédecine", qui actuellement ne couvre pas toutes les maladies chroniques, pour que cette pratique soit étendue sur tout le territoire d'ici à la fin du quinquennat.

Autre idée martelée par cette dernière: accélérer la démocratisation du Dossier médical partagé (DMP), qui tarde a être adopté par les patients. L'idée serait d'y intégrer le Dossier pharmaceutique, largement diffusé, et qui recense les médicaments délivrés pour chaque bénéficiaire de l'Assurance maladie. Le regroupement de ces données de santé permettrait d'éviter des traitements redondants et améliorerait l'efficience des consultations médicales. Néanmoins, l'argent ne tombera pas du ciel d'après elle. Valérie Boyer a insisté plusieurs fois sur des dépenses mesurées concernant le numérique, pour ne "pas creuser le déficit de la sécurité sociale".

François Fillon veut donner plus de pouvoir aux "vraies maisons de santé avec des projets médicaux venant des médecins", selon Valérie Boyer et les développer. Sans toutefois évoquer de chiffre sur de possibles créations de nouveaux établissements. Elle préconise avant tout de renforcer le maillage de ces établissements médicaux, notamment avec les hôpitaux.

Pour gagner du temps médical, François FIllon propose de s'attaquer à l'absentéisme dans les hôpitaux avec le rétablissement d'un jour de carence, en vigueur sous son ancien gouvernement. Le principe: quand un salarié d'un établissement hospitalier est en arrêt-maladie, il ne touche pas de rémunération le premier jour.

Pour multiplier le nombre de médecins, le candidat du parti les Républicains propose en outre d'augmenter le numérus clausus et encourager les stages dans les cabinets libéraux.

Enfin, en référence au programme de Benoît Hamon, notamment, Valérie Boyer a condamné toute coercition, promettant de garder le caractère libéral de la médecine, de ne pas toucher à la liberté des médecins de choisir où s'installer. Elle ne s'est d'ailleurs pas retenue de fustiger plusieurs fois le bilan de Marisol Touraine en santé, dénonçant "des mesures de défiances contre les médecins" comme le tiers-payant.

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Santé: combien coûtent les mesures des candidats ?

Marine Le Pen: Instaurer une cinquième branche de sécurité sociale dédiée à la dépendance: 9,2 milliards d'euros de dépenses par an / Supprimer l'aide médicale d'Etat : 598 millions d'euros d'économies annuelles.

François Fillon: Atteindre un "reste à charge zéro" pour les dépenses de santé les plus coûteuses pour les ménages: 280 millions d'euros de dépenses annuelles / Rembourser la totalité du coût des lunettes pour les enfants : 390 millions d'euros de dépenses par an / Supprimer la cotisation salariale maladie : 5,75 milliards d'euros de dépenses par an / Supprimer l'aide médicale d'Etat : 598 millions d'euros d'économies annuelles.

Jean-Luc Mélenchon:Interdire les dépassements d'honoraires : 7,2 milliards d'euros de dépenses annuelles / Rembourser à 100% les soins prescrits : 16,4 milliards d'euros de coût annuel.

Emmanuel Macron: Rembourser à 100% les prothèses auditives, dentaires et les lunettes : 1,8 milliard d'euros de dépenses.

Benoît Hamon: Aucune mesure n'a été chiffrée par l'Institut Montaigne

*Les chiffres proviennent de l'Institut Montaigne, un think tank.

Jean-Yves Paillé

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