Commerce extérieur : l'Insee prévoit des signes d'embellie

 |   |  1030  mots
Au quatrième trimestre 2017, les exportations françaises ont nettement accéléré
(+2,4 % après +1,0 % au troisième trimestre) du fait de la vigueur de la demande
mondiale adressée à la France et surtout de livraisons aéronautiques
exceptionnellement élevées, venant rattraper les trimestres précédents, explique l'Insee.
"Au quatrième trimestre 2017, les exportations françaises ont nettement accéléré (+2,4 % après +1,0 % au troisième trimestre) du fait de la vigueur de la demande mondiale adressée à la France et surtout de livraisons aéronautiques exceptionnellement élevées, venant rattraper les trimestres précédents", explique l'Insee. (Crédits : Reuters)
Dans sa dernière note de conjoncture, l'Insee explique que le commerce extérieur contribuerait de manière positive à la croissance d'ici mi-2018 après avoir pesé depuis plusieurs années sur l'économie française.

La balance commerciale de la France pourrait retrouver quelques couleurs en 2018. Selon la dernière note de conjoncture de l'Insee publiée ce mardi 20 mars, les échanges commerciaux à l'international ne pèseraient plus sur la croissance à l'horizon mi-2018. Souvent considéré comme un point noir de l'économie française, le commerce extérieur français souffre d'un manque de compétitivité coût et hors-coût régulièrement mis en avant par les économistes.

Lire aussi : Le pire déficit commercial depuis 2011


Dynamique des exportations

 Au dernier trimestre 2017, les exportations françaises ont nettement accéléré (+2,4% après +1% au troisième trimestre). Cette vigueur s'explique par une demande mondiale soutenue adressée à la France, et par des livraisons du secteur aéronautique "exceptionnellement élevées" en plus du matériel militaire, souligne l'Insee. Les exportations du secteur manufacturier ont accéléré de manière générale (3,1% après 1,4%). En revanche, les exportations des produits énergétiques ont chuté (-5,1% après 0,1%) tandis que celles des produits agricoles ont décéléré (+3% après 9,1%). À la fin du premier semestre 2018, "l'acquis de croissance annuelle des exportations serait de +4,3 %, soit davantage qu'en moyenne annuelle en 2017 (+3,3 %)." Ces bons chiffres sont notamment portés par des livraisons de grands contrats militaires et navals, notamment celle du paquebot "Symphony of the Seas".

Interrogé par La Tribune, l'économiste Vincent Vicard, du centre de recherche et d'expertise sur l'économie mondiale (CEPII), explique que ces signes d'embellie "étaient déjà visibles au cours de l'année 2017".

"Il y a eu une accélération des demandes adressées à la France. Ce qui a permis une amélioration des exportations françaises".

Ce qui a pu peser sur les exportations l'année dernière explique l'universitaire, "ce sont les mauvaises récoltes de céréales de 2016 (notamment liées aux mauvaises conditions météorologiques".

Par ailleurs, les moins bonnes performances dans le secteur du tourisme en 2016 ont pu ralentir "les exportations de services à l'étranger" pour 2017. Selon M.Vicard, ces facteurs ne devraient plus peser sur les échanges extérieurs français au moins pour la première partie de l'année 2018.

Les importations conserveraient un rythme soutenu

Les importations ont ralenti à la fin de de l'année 2017 (+0,3% après 2,2%) principalement "par contrecoup des achats exceptionnels de l'été, notamment en chimie et en aéronautique" précise l'Insee.

Vincent Vicard ajoute :

"La hausse des prix du pétrole a pu jouer sur les importations [...] Ce qui peut expliquer en partie la dégradation du déficit commercial en 2017". Pour le spécialiste du commerce international, "la reprise de l'investissement des entreprises a accéléré les importations de biens d'équipement, notamment par l'achat de machines-outils. Ce qui peut peser à court terme sur la croissance. A moyen ou plus long terme, ces investissements pourraient être bénéfiques pour améliorer la qualité des produits français et donc les exportations à l'étranger".

Au premier semestre 2018, les importations devraient retrouver un rythme plus proche de celui observé ces dernières années (+1,1 % puis +1,2 % par trimestre). Au final, le commerce extérieur pourrait contribuer de manière positive à l'acquis de croissance pour les six premiers mois de l'année (pour l'instant fixé à 1,6% à fin juin) après avoir pesé depuis plusieurs années et encore à hauteur de -0,3 point en 2017 et -0,8 point en 2016.

Un contexte mondial incertain

Après deux années de ralentissement, les échanges mondiaux ont connu leur plus importante croissance (5,2%) depuis 2011. Selon l'institut de statistiques français, la progression du commerce mondial resterait soutenue à l'horizon mi-2018 (+1,3 % puis +1,2 % par trimestre). "L'acquis de croissance annuelle du commerce mondial à mi-année s'établirait déjà à +4,2 % en 2018."

Lire aussi : Le commerce mondial accélère malgré le protectionnisme (OMC)

En ce qui concerne la France, la demande mondiale et particulièrement celle des pays de la zone euro, devraient se maintenir.

"D'ici mi-2018, la demande mondiale augmenterait quasiment au même rythme que le commerce mondial (+1,2 % puis +1,1 % par trimestre), du fait de la bonne tenue des importations des partenaires au sein de la zone euro", note l'Insee.

En revanche, il reste "énormément d'incertitudes" rappelle M.Vicard. La récente décision du président américain Donald Trump de mettre en place des tarifs douaniers de 25% sur les importations d'acier et de 10% sur celles d'aluminium ont ravivé les craintes. "Pour l'instant, il n'y aura pas d'impact sur le commerce mondial [...] mais le risque est que ça s'envenime", estime l'enseignant en commerce international à l'université Paris-Dauphine. Il conclut qu'il reste aussi "beaucoup de facteurs d'incertitudes relatifs au Brexit" et son impact sur le commerce mondial.

Un guichet unique pour favoriser les échanges extérieurs

Pour muscler les ventes de biens et de services à l'étranger, le Premier ministre Edouard Philippe a confirmé, il y a quelques semaines, le regroupement de plusieurs acteurs de l'exportation, l'agence publique Business France et les Chambres de commerce et d'industrie, au sein de guichets uniques placés sous l'autorité des régions en France. Lors de la consultation publique organisée dans le cadre de la loi Pacte, cette proposition avait été mise en avant par le ministère :

"Actuellement, les acteurs du dispositif public d'appui à l'export [Business France, Chambre de commerce et d'industrie en France et à l'étranger, Conseillers du commerce extérieur, banques, assureurs-crédits privés, Bpifrance, etc.] interviennent souvent individuellement et de manière dispersée auprès des entreprises. Pour améliorer la lisibilité du dispositif d'accompagnement à l'export, tout particulièrement pour les plus petites entreprises, il est proposé de créer un guichet unique, en partenariat avec les régions".

Cette logique doit également prévaloir à l'étranger : dans huit pays-test (Singapour, Japon, Philippines, Hong-Kong, Russie, Norvège, Belgique, et Espagne), "Business France concédera son activité à des structures privées capables de fournir des services de même qualité". Si l'initiative a été saluée par le réseau des Chambres de commerce et d'industrie, la part de la France dans le commerce mondial risque de rester relativement faible face à la montée en puissance des économies émergentes.

Lire aussi : Compétitivité : la France perd encore des parts de marché

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 22/03/2018 à 13:01 :
Ma société produit des connecteurs. Outre l’impact des taux de change défavorables (euro trop fort) nous avons encore des coûts salariaux nettement au dessus des compétiteurs américains et asiatiques. Nous exportons en dollars US.
Malgré cela nous bénéficions d’un accompagnement fort de notre CCI pour détecter des affaires à l’international avec la plateforme tenderspage.
Si l’euro était moins élevé nous pourrions remporter 15% de marchés supplémentaires.
a écrit le 22/03/2018 à 9:14 :
Voilà les VRAIS indicateurs de performance. Certes très contextuels, mais cela permet tout de même de mesurer les progrès et les stratégies.
Par contre on peut s',interroger sur l'utilité de voir nos politiques transformés en VRP. Cela part d'un bon sentiment, mais c'est l'ensemble du pays et les entreprises qui doivent bâtir un contexte favorable et une stratégie.
a écrit le 21/03/2018 à 19:57 :
Prévoir....des signes....et la réalité? 😎

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :