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Compétitivité, pilotage, "mirage technologique"... les réactions au plan "France 2030"

latribune.fr

Publié le 13 octobre 2021 à 07:37 - Mis à jour le 13 octobre 2021 à 14:00

Coronavirus : Emmanuel Macron au palais de l'Élysée, après avoir assisté à une visioconférence internationale sur la vaccination

Il faut "avoir une gouvernance associant les industriels et un processus simple et rapide de décision", affirme Alexandre Saubot, président de France Industrie au lendemain de l'annonce du plan "France 2030" par Emmanuel Macron.

Reuters

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Emmanuel Macron a-t-il réussi à convaincre les secteurs concernés par les 30 milliards d'euros d'investissements du plan "France 2030" ? Rien n'est moins sûr. De nombreuses interrogations demeurent quant à son pilotage et sa rapidité d'exécution.

Au lendemain de l'annonce du plan "France 2030" par Emmanuel Macron qui répartit 30 milliards d'euros d'investissements sur 5 ans, les réactions sont partagées entre les milieux patronaux et les syndicats. Les uns pointent l'absence de pilotage et d'évaluation, de plan d'exécution budgétaire et les zones d'ombre. D'autres ont salué l'accent mis sur l'innovation et le verdissement de l'industrie.

"Ce plan est très cohérent pour répondre aux grands défis de demain sur la transition énergétique, la mondialisation et la numérisation", a réagi auprès de l'AFP Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l'industrie, groupe de réflexion présidé par les deux industriels Louis Gallois et Pierre-André de Chalendar.

Il se félicite notamment des 8 milliards d'euros alloués aux innovations dans l'énergie et des 4 milliards consacrés à la mobilité propre, "points forts historiques de l'industrie française".

"Il est positif que l'Etat ait choisi de se concentrer sur des technologies où son soutien est réellement nécessaire, et cible des technologies en prenant soin de combiner grands groupes et jeunes pousses", a réagi pour sa part le Medef.

La recherche et développement et l'innovation sont "un des piliers essentiels" pour atteindre nos ambitions climat, a salué Nicolas Berghmans, chercheur à l'Iddri, alors que 50% des crédits sont consacrés à la décarbonation (agriculture, recyclage, mobilité propre et nucléaire).

Mais "pour arriver à une transition écologique réussie (...) ce n'est pas simplement une question d'argent : il faut aussi donner des cadres réglementaires" et créer des marchés, prévient toutefois Andreas Eisl, chercheur à la fondation Jacques Delors.

Désormais, tous ces acteurs économiques attendent de savoir comment sera exécuté ce plan "France 2030".

La gouvernance du plan, l'heure de vérité

Contrairement à l'essentiel du plan de relance de 100 milliards d'euros, Bercy ne pilotera pas directement l'attribution des crédits, prévient-on déjà à l'Elysée.

L'annonce précise de la future gouvernance, repoussée par Emmanuel Macron à la fin de l'année faute de consensus sur le sujet, sera "l'heure de vérité", pour Xavier Ragot.

Il faut selon lui éviter que le plan passe "à la moulinette interministérielle", et plutôt nommer "des responsables qui surveillent l'allocation des budgets, qui incarnent" les différents volets du plan.

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Il faut "avoir une gouvernance associant les industriels et un processus simple et rapide de décision", ajoute Alexandre Saubot, président de France Industrie, organisation qui regroupe les différentes filières industrielles françaises.

Quid de la compétitivité ?

L'ombre de l'échec du plan calcul plane, comme celle, certes moins sombre, des programmes d'investissement d'avenir (PIA) lancés à partir de 2010 par Nicolas Sarkozy, et dont les résultats restent contrastés.

Autre sujet d'inquiétude pour les industriels: l'enjeu de compétitivité. Le plan "fait totalement l'impasse" sur cette dimension, regrette l'UIMM, quand Alexandre Saubot prévient qu'il faudra "décarboner tout en restant compétitifs".

Le secteur automobile peine à être convaincu

Plus spécifiquement, alors que le plan prévoit notamment d'investir 4 milliards d'euros pour développer de nouveaux moyens de transport et à "produire en France à l'horizon 2030 près de 2 millions de véhicules électriques et hybrides" par an, le Conseil national des professions de l'automobile (CNPA) n'est pas convaincu.

Selon le Conseil qui représente les concessionnaires, les loueurs ou les garagistes, le plan "n'apporte pas les réponses attendues" pour développer les services liés à l'automobile. Ce plan "devait notamment apporter des réponses et des engagements forts de la part de l'État sur le soutien public aux services", a indiqué le CNPA dans un communiqué.

L'organisation avait adressé fin septembre une étude au président de la République, demandant notamment la création d'un fonds de modernisation de 200 millions d'euros pour les entreprises qu'elle représente, à l'image du fonds qui a été créé pour l'industrie automobile. Le CNPA demandait également un fonds de 100 millions d'euros pour développer l'innovation dans la filière.

L'organisation demande également le prolongement des aides à l'achat des voitures électriques et le maintien voire l'amplification de la prime à la conversion, "afin d'accompagner le choc lié au déploiement des ZFE", les zones à faible émission dans les métropoles, dont seront exclus les véhicules à essence les plus anciens.

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"Le mirage technologique" pour l'environnement

"Fausses solutions" ou "mirage technologique" qui ne fixe pas de cap vers une économie verte... Les défenseurs de l'environnement dénoncent aussi le plan.

La moitié environ "est consacrée à la transition écologique, soit 20 points de plus que dans le plan de relance" post-Covid, explique le ministère de la Transition écologique (MTE), qui y voit la "marque de la volonté du gouvernement d'investir toujours plus" dans cette voie.

Mais les militants de l'environnement dénoncent l'aspect selon eux productiviste et le manque d'ambition sur la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre.

"Le Président de la République cède un peu plus au mirage du tout technologique supposé résoudre, comme par magie, les crises écologiques", regrette la fondation de Nicolas Hulot, l'ancien ministre de l'Ecologie de M. Macron qui avait claqué avec fracas la porte du gouvernement.

"Macron candidat enterre la transition écologique", dénoncent les Amis de la Terre, fustigeant un "enfumage autour d'investissements qui ignorent totalement les besoins de la transition écologique" et ne porteront des fruits "qu'après 2030, soit bien trop tard pour atteindre nos engagements" de réduction des émissions.

"Festival de fausses solutions et de voeux pieux", abonde Greenpeace, dénonçant pêle-mêle des mesures (petits réacteurs nucléaires, avion vert ou hydrogène nucléaire) visant à "repousser sans cesse la vraie transition" plutôt que "d'orienter l'économie vers plus de sobriété et d'investir dans les solutions qui existent déjà".

France Nature Environnement, qui fédère plus de 5.800 associations, regrette de son côté un plan à l'enjeu "manifestement plus économique qu'environnemental malgré l'urgence climatique et écologique", malgré des "pas dans le bon sens".

Un traitement "en silo"

La CFDT regrette elle que les "montants annoncés" ne soient "pas à la hauteur (...) pour construire la croissance durable de demain".

Si la confédération "approuve le principe de cibler des technologies de rupture et de faire émerger des filières intégrées au niveau français et européen", elle estime que "tracer un cap pour la France de 2030 ne peut se résumer à cibler des secteurs d'+excellence+ traités en silo".

"Transformer nos modes de production, de vie et de consommation implique de considérer les interdépendances entre tous les secteurs", affirme-t-elle.

En outre, "un tel plan ne doit pas viser seulement les champions, mais doit prévoir l'accompagnement de toutes les entreprises et tous les travailleurs afin de ne laisser personne au bord de la France de 2030", et "c'est pourquoi la CFDT revendique un investissement massif dans les compétences de demain".

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La CFDT aurait souhaité enfin davantage de régulation: "il faut conditionner le plan d'investissement à des engagements en termes d'emploi, de compétences, de partage équitable de la valeur" et "ces investissements doivent être programmés et évalués au regard de leurs impacts en termes écologique et social", estime-t-elle.

(Avec AFP)

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