Covid-19 : l'économie française en pleine débâcle

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Dans le bâtiment, la chute de l'activité est estimée à près de 90%.
Dans le bâtiment, la chute de l'activité est estimée à près de 90%. (Crédits : Reuters)
Une semaine de confinement entraînerait une perte d'activité de 36%, selon de récentes estimations de l'Insee.

La chute brutale et soudaine de l'économie française se confirme. Selon le dernier point de conjoncture de l'Insee publié ce jeudi 9 avril, l'activité économique aurait diminué de 36% par rapport à une période normale. Au total, un mois de confinement entraînerait une perte annuelle de produit intérieur brut de trois points environ. L'institut de statistiques confirme ainsi ses premières prévisions réalisées il y a deux semaines. "Les résultats de la perte d'activité liés au coronavirus sont comparables à ceux publiés il y a deux semaines lors du précédent point de conjoncture. L'ordre de grandeur est le même, il y a seulement eu des révisions à la marge" explique Frédéric Tallet, chef de la division synthèse conjoncturelle.

Dans cette nouvelle livraison, les statisticiens ont apporté plus de précisions par secteur et sur les méthodes utilisées pour réaliser ces enquêtes en utilisant des données haute fréquence comme les données de carte bleue, les données sur la consommation d'électricité, les informations données par les fédérations d'entreprises. De son côté, la Banque de France, dans ses dernières projections publiées ce mercredi 8 avril, a annoncé que le PIB allait reculer de 6% au premier trimestre, soit sa pire performance depuis la seconde guerre mondiale.

La construction dans le rouge

La décision administrative du confinement a provoqué une paralysie de pans entiers de l'économie tricolore. Parmi les secteurs les plus touchés, figure en premier lieu la construction. La perte d'activité est estimée à 88%. Le blocage des chantiers et les difficultés pour les employeurs de faire respecter les règles de sécurité sanitaire ont plongé le BTP et la construction dans le rouge. Le poids de la construction dans le PIB reste cependant limité (5%).

L'industrie est également fortement touchée par cette pandémie. Selon les estimations des statisticiens, la perte d'activité est d'environ 43%. Il existe de fortes disparités selon le type de spécialisation. La cokéfaction et le raffinage subissent les plus fortes pertes (-80%). Arrivent ensuite la fabrication d'équipements électriques, électroniques, informatiques (-72%), puis la fabrication de matériels de transport (-61%). Quelques grands groupes comme Renault, PSA, Michelin ou Airbus ont annoncé qu'ils avaient suspendu leurs chaînes de montage ou réduit la voilure.

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En revanche, les usines fabricant des produits alimentaires et des boissons ont limité la casse (-5%). De même que l'agriculture et la pêche ont enregistré une baisse moins sensible (-10%). La nécessité d'assurer la sécurité alimentaire des Français permet à un grand nombre d'exploitations agricoles de continuer de fonctionner même si quelques producteurs alertent régulièrement sur le manque de débouchés et la pénurie de main d'oeuvre pour effectuer les travaux dans les champs et les exploitations.

Une chute vertigineuse dans les services

Dans le tertiaire, les chiffres donnent le tournis. La chute de l'activité est évaluée à 39%. Compte tenu du poids des services marchands dans l'économie tricolore (56%), cette chute vertigineuse devrait plomber la croissance du premier trimestre. Parmi les secteurs en première ligne figure l'hébergement et la restauration (-90%). La fermeture administrative des restaurants, brasseries, bars depuis le 17 mars a entraîné une quasi mise à l'arrêt de l'ensemble du secteur.

Les activités de transport et d'entreposage subissent également des pertes faramineuses (-64%). De nombreuses compagnies aériennes ont complètement arrêté ou réduit leur vols et les avions sont nombreux à restés sur le tarmac des aéroports. La fermeture des frontières dans de nombreux pays pour limiter la propagation du virus a mis un coup d'arrêt pour les vols vers un grand nombre de destinations. Dans le transport ferroviaire, la SNCF a amplement réduit son offre pour les voyageurs tandis que le fret de marchandises est également au ralenti. Pour les commerces et les garages, les indicateurs sont également alarmants avec une baisse de 56%.

Une consommation des ménages en berne

La baisse de la consommation des ménages, qui constitue l'un des moteurs de l'économie tricolore, pourrait avoir un impact considérable sur l'économie hexagonale. Selon les auteurs de la note, la baisse des dépenses des ménages est estimée à environ 35%. Les achats ont drastiquement chuté dans le textile et l'habillement, les carburants ou les voitures. La consommation de services marchands est également en chute libre dans l'hébergement-restauration ou les transports. A l'opposé, quelques secteurs résistent comme les télécommunications, certains services immobiliers (loyers) ou les assurances.

La consommation de produits agricoles et agroalimentaires enregistre une hausse. Dans leurs travaux, les statisticiens ont fait appel aux données de carte bancaire pour évaluer le comportement des ménages. Ils constatent notamment un pic de consommation et de transactions par carte bancaire sur des ventes physiques le 16 mars à la veille de l'annonce des mesures de confinement. "Les comportements de précaution dans les premières semaines ont entraîné un surcroît de consommation alimentaire. En revanche, il y a des produits pour lesquels la consommation est arrêtée comme l'automobile [...] Le panier moyen par carte bancaire a eu tendance à augmenter pour les produits alimentaires alors que la fréquence des achats a diminué au regard des consignes de limitation des déplacements"précise Frédéric Tallet.

Le chômage partiel en plein boom

La paralysie d'un grand nombre d'activités a provoqué une explosion de demandes de chômage partiel. Selon un décompte communiqué par le ministère du Travail le mercredi 7 avril, plus de 6,3 millions de salariés étaient déclarés dans cette situation, avec une progression de 2,6 millions en une semaine. Cette hausse exponentielle illustre l'ampleur des dégâts sur l'économie tricolore. Ainsi, plus de 669 entreprises ont fait des demandes auprès de l'administration. Ce qui représente en moyenne 425 heures chômées par salarié. Ces demandes concernent avant tout les petits établissements.

"59 % des salariés faisant l'objet d'une demande d'activité partielle depuis le premier mars travaillent dans des établissements de moins de 50 salariés, ces établissements représentant 34 % de l'emploi salarié privé. À l'inverse, ceux qui travaillent dans des établissements de plus de 250 salariés représentent 15 % des salariés en activité partielle, alors que ces établissements recouvrent 20 % de l'emploi salarié privé" explique le service de statistiques du ministère du Travail

Vers un redémarrage compliqué

Le report du confinement au delà du 15 avril officiellement annoncé par l'Elysée le mercredi 8 avril devrait compliquer les chances de redémarrage rapide. Beaucoup d'économistes jugent le scénario d'une reprise en V de moins en moins crédible. Avec le prolongement du confinement, les tensions pourraient en outre se multiplier dans les chaînes d'approvisionnement de certains secteurs. Les entreprises vont devoir faire face à des risques accrus sur leur trésorerie avec des possibilités de dépôts de bilan en cascade.

Lire aussi : Coronavirus : les défaillances d'entreprises devraient exploser dans le monde

Du côté des salariés, la hausse exponentielle des chiffres du chômage partielle devrait entraîner une baisse des revenus et une perte du pouvoir d'achat. L'engouement pour l'épargne de précaution pourrait encore accélérer alors que les chiffres médiocres de la consommation pourraient se prolonger. "Les incertitudes entourant la durée du confinement et les modalités de sortie du confinement compliquent la tâche pour réaliser les prévisions économiques au premier trimestre [...] Plus le confinement va durer et plus les entreprises et les ménages vont mettre du temps à retrouver un niveau normal d'activité"affirme Frédéric Tallet.

Enfin, la situation à l'étranger est loin de s'améliorer. Les indices PMI des directeurs d'achat dans les grandes puissances montrent un effondrement majeur et brutal de l'activité dans de nombreux secteurs. En devenant l'épicentre de l'épidémie, les Etats-Unis doivent affronter une crise économique et sociale historique avec une flambée des inscriptions au chômage et des risques d'instabilité financière accrus. Le grand plan de relance de 2.000 milliards de dollars annoncé par le président américain Donald Trump et les mesures de la réserve fédérale (FED) pourraient se révéler insuffisantes dans un pays où les inégalités en temps de crise sont encore plus criantes.

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Commentaires
a écrit le 11/04/2020 à 2:11 :
mais par contre le gavage des ponctionnaires aussi inutiles que nuisibles continuera rendant la population active encore plus pauvre !!!!
Réponse de le 12/04/2020 à 10:48 :
Pour le moment moi je préfère être pauvre vivant chez moi que gagner peu avec le risque de chopper le covid et mourir pour combien? 200 euros de plus a peine?
Si ils veulent que je reprenne le travail sous ce risque ça peu se faire mais pour 3x mon salaire et sans revenir plus tard à mon ancien !
a écrit le 10/04/2020 à 18:40 :
l'arrêt de l'activité économique est dû aux choix du gouvernement , en particulier celui d'exonérer la fonction publique d'Etat de maintenir l'activité de toutes ses administrations (le télétravail s'avère très insuffisant en terme de résultats ), de ne pas réouvrir toutes les crèches , écoles et lycées , ainsi que certains établissements du supérieur
de même il est urgent de rétablir l'activité de l'artisanat , du commerce et d'une majorité de services ; les mesures barrières sont à rendre obligatoires , dont le port de masques en situation de proximité et promiscuité confinée , pendant la période de contagion possible .
pour la catégorie de personnes exposées à un risque de santé majeur , (personnes déjà affectées de maladies invalidantes , personnes âgées , personnels de soins ) , il faut mettre en place un plan d'action de diagnostic médical généralisé assorti de mesures d'isolement et confinement éventuel individualisé . les établissements pour personnes dépendantes doivent faire l'objet de mesures spécifiques à caractère continu, tant pour la protection des personnels soignants que celle des résidents .
la décision de confinement général avait pour motif d' éviter un risque de saturation hospitalière.ça ne parait plus d'actualité. la saturation a eu bien lieu puisque les malades des ehpad n'ont pas été autorisés à être traités à l'hôpital ( 1/3 des décès totaux du Covid-19 ) , et que c'est la population âgée qui très majoritairement est gravement affectée .
Réponse de le 11/04/2020 à 2:14 :
le gavage des hopitaux a montré leur parfaite incompétence. On a vu des scandales à répétition tels que l'inutilisation des cliniques !!! bandes de rentiers inutiles ou l'on ne fait que mourir !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 10/04/2020 à 15:14 :
N'écoutons pas tous ces prévisionnistes farceurs : l'économie française s'est déjà arrêtée pendant 2 mois en mai 68, et elle n'est pas mal repartie après.
Et pour cause : on avait augmenté le Smic de 30% dans les accords de Grenelle.
On doit pouvoir faire la même chose : a) c'est l'occasion ou jamais pour revaloriser les métiers, et surtout ceux des héros anonymes qui continuent à bosser malgré le confinement : salariés de l'agroalimentaire, du transport, de la distribution, de l’énergie, postiers, éboueurs, policiers, infirmières et aide-soignants, etc..., b) si ça abîme dans un premier temps la rentabilité des sociétés, ce n'est pas grave pour les actionnaires : c'est déjà inclus dans les cours de bourse.
Où est le problème ?
a écrit le 10/04/2020 à 9:29 :
a qui la trahison social
d'avoir privilégier les activités commercial et touristique
au dépend de l'industrie et de l'agriculture du commerce des grande surface
du détaillant
jouer sur la mondialisation le chômage et autre pour décourager les revendications salarial
encourager l'évasion fiscal ,prôner l'économie libéral
favoriser les prise de participation aux dirigeants d'entreprise sur le dos des salaries..
et demain comme après en
2008 rien ne changera sauf toujours plus de concentration. d'entreprise et de finance
et cela couvert par une justice jamais reforme depuis l'inquisition
qui se chargera de conserver ses privilèges
au regard d'un décret d'un maire qui souhaite le port du masque
mais que cette justice refuse préfèrent qu'il y est plus de décès
qui vas éjecter ces magistrats
a écrit le 10/04/2020 à 8:42 :
On sait que 95% des cas graves et 98% des décès concernent les personnes âgées et/ou obèses.
Pourquoi ne pas dé-confiner tout le reste de la population qui résiste bien au virus: pas de symptômes ou sans risques?
a écrit le 09/04/2020 à 20:07 :
L'OMS a recommandé le confinement à la mannière RPC, République Populaire de Chine. La France a suivi promptement avec son armée sanitaire super équipée par analogie avec la guerre populaire. Mais cela n'a jamais fait une raison fondée sur le recueil des données, la définition d'objectifs et sous objectifs précis et mesurables, le suivi d'expérimentations pragmatiques et inspirées sur le terain. Une doctrine administrative en somme qui nous coûte une bonne raclée. Nous faisons partie du peloton de tête pour le nombre morts et la débacle économique.
a écrit le 09/04/2020 à 15:02 :
Bon hé ho ça va hein vous avez pas fini oui !? ^^

A maladie de cheval remède de cheval normalement mais j'ai bien peur qu'il n'y ai plus que de l'eau dans les fioles de nos dirigeants, ben oui ça coûtait trop cher...
a écrit le 09/04/2020 à 14:10 :
trump qui a passe son temps a mettre la pression sur la fed doit regretter de ne pas avoir su avant ce qu'est le fine tuning
ca lui aurait laisse bcp plus de cartouches vu le pb.........
prochain president: biden
Réponse de le 09/04/2020 à 16:11 :
Coronavirus : les renseignements américains auraient alerté sur «un risque de cataclysme» dès novembre!

Donc la CIA savait et a largement eut le temps de se positionner vendeur sur les marchés CQFD !

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