Face à « la gravité de la situation », François Bayrou « ne veut rien cacher » aux Français
Marius Bocquet et Mathieu Viviani

Après un vrai suspens, François Bayrou a été nommé chef de l'exécutif ce vendredi matin vers 12h45.
Abdul Saboor
Marius Bocquet et Mathieu Viviani

Après un vrai suspens, François Bayrou a été nommé chef de l'exécutif ce vendredi matin vers 12h45.
Abdul Saboor
Sa première allocution en tant que nouveau Premier ministre était attendue. Nommé officiellement vers 12h45 ce vendredi, après un suspens intense, François Bayrou avait assuré en milieu d'après-midi qu'il y avait « un chemin à trouver » menant à la « réconciliation nécessaire » du pays. Dans un premier discours assez court, dix minutes environ, l'homme politique de 73 ans a donc dessiné « la ligne de conduite » de son gouvernement.
Comme le veut la tradition, Michel Barnier, Premier ministre démissionnaire a ouvert cette passation, en rappelant le contexte dans lequel la France se trouve actuellement : « Notre pays est dans une situation inédite et grave. Je savais depuis le premier jour que le temps de mon gouvernement était compté (...). Nous avons essayé de l'utiliser au mieux. »
Après avoir salué « le désintéressement et l'engagement » de Michel Barnier, François Bayrou a partagé le même constat que son prédécesseur sur « la gravité de la situation » du pays. « Nous avons le devoir d'affronter les yeux ouverts, sans timidité, la situation héritée de décennies », a-t-il ajouté. Et d'insister : « Nul plus que moi ne connaît la difficulté de la situation » a-t-il affirmé, tout en évoquant ses précédentes campagnes politiques sur les thèmes du « déficit » et de la « dette ». « Je n'ignore rien de l'Himalaya qui se dresse devant nous, des difficultés de toute nature ».
Celui qui est toujours maire de Pau, dans sa région natale, a ensuite détaillé sa ligne de conduite : « Devant une situation d'une telle gravité, ma ligne de conduite sera de ne rien cacher, de ne rien négliger et de ne rien laisser de côté ». Et François Bayrou de mettre en garde contre la « tentation » qui consisterait à se concentrer sur « un ou deux sujets », et à laisser le reste se faire « dans la médiocrité ».
« Je ne choisis pas cette ligne », a-t-il insisté. « Je pense que nous avons le devoir, dans un moment aussi grave pour le pays, pour l'Europe et devant tous les risques de la planète, d'affronter les yeux ouverts, sans timidité, la situation qui est héritée de décennies entières » marquées par l'absence de recherche « des équilibres sans lesquels on a du mal à vivre ».
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Dans cette allocution sur le perron de l'hôtel Matignon, le Premier ministre a aussi précisé les « deux obsessions » qui guideront la conduite de son gouvernement : travailler à surmonter « le mur de verre qui s'est construit entre les citoyens et le pouvoir », et « donner des chances à ceux qui n'en ont pas ».
Pour y arriver, François Bayrou a rappelé la nécessité de « l'école », dont il rappelle s'être « occupé pendant des années, et qui n'a pas cessé d'être un point fixe » dans sa vie politique. « Je viens de milieux sociaux et de villages qui n'ont pas la chance d'être protégés, favorisés. Je trouve que notre devoir de citoyen, de père de famille, notre devoir de républicain, c'est que nous soyons obsédés pour rendre des chances à ceux qui n'en ont pas. C'est pour moi un devoir sacré », a-t-il précisé à ce sujet.
Pour conclure son premier discours, François Bayrou a évoqué la figure d'Henri IV, personnage politique de l'histoire de la France sur lequel il a écrit plusieurs fois. Il est celui qui a « a fondé ma rencontre avec la France, sur la nécessité de sortir des guerres stupides pour se concentrer sur l'essentiel qu'est la lumière du pays. Je pense que c'est là le seul chemin possible vers le succès ». Et d'ajouter à ce sujet : « Si je peux, à mon tour, j'essaierai de servir cette réconciliation nécessaire et je pense que c'est là le seul chemin possible vers le succès. »
Le nouveau Premier ministre arrive dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Pour parer au plus pressé et assurer la continuité de l'Etat, un projet de « loi spéciale » a été présenté mercredi en Conseil des ministres. Un fait exceptionnel pour une équipe démissionnaire.
Cette loi spéciale a été adoptée à l'unanimité jeudi en commission des finances de l'Assemblée nationale, mais amendée d'une mesure d'indexation du barème de l'impôt sur le revenu. Et ce, malgré l'avis négatif rendu par le conseil d'Etat, l'ajout de cet amendement présentant des risques d'inconstitutionnalité. Il doit désormais être voté en séance publique, lundi prochain, au Palais Bourbon avant d'être examinée par le Sénat le 18 décembre.
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Cette loi spéciale ne peut être que provisoire... François Bayrou devra s'atteler très rapidement à la rédaction d'un budget pour 2025, avec pour objectif de le faire adopter par le Parlement au début de l'année prochaine. Une mission très délicate au regard de la composition politique de l'Assemblée nationale et des risques de censure.
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